Alphabet a constitué au troisième trimestre une participation d’environ 548 millions de dollars dans Qualcomm, renforçant les liens entre les deux groupes au moment où le fabricant de puces cherche à réduire sa dépendance aux smartphones. L’annonce a soutenu Qualcomm en avant-Bourse, avec un rebond d’environ 3 % après une chute supérieure à 9 % la veille.
Le partenariat historique repose d’abord sur Android, les processeurs Qualcomm équipant une grande partie des smartphones utilisant le système de Google. Il s’est progressivement étendu aux ordinateurs personnels et à l’automobile, avec un accord conclu en 2024 pour développer des puces et des logiciels liés à l’intelligence artificielle embarquée. La participation d’Alphabet donne désormais une dimension financière à cette coopération.
Pour l’investisseur, le point central est toutefois l’offensive de Qualcomm dans les centres de données. Le ralentissement du marché des smartphones fragilise son moteur traditionnel, tandis que les dépenses d’infrastructure pour l’IA offrent un relais de croissance potentiel. Qualcomm vise 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans les puces pour centres de données d’ici 2029, un objectif ambitieux qui suppose de gagner rapidement des parts de marché.
Le groupe a déjà obtenu des signes d’intérêt importants. Amazon a conclu en septembre un accord lui permettant d’acheter jusqu’à 60 milliards de dollars de puces d’IA et de produits connexes, accompagné de bons de souscription sur des actions Qualcomm. Microsoft et Meta ont également commandé ses processeurs pour centres de données. Ces engagements crédibilisent la stratégie, sans garantir que les volumes maximaux seront effectivement réalisés ni que les marges atteindront celles du métier mobile.
La prise de participation d’Alphabet doit donc être interprétée avec mesure. Elle constitue un signal de confiance et peut faciliter une coopération technique plus étroite, mais elle ne prouve pas à elle seule que Qualcomm deviendra un concurrent majeur de Nvidia. Les clients du cloud développent aussi leurs propres composants et cherchent à diversifier leurs fournisseurs, ce qui crée des opportunités tout en renforçant la pression sur les prix.
Pour Qualcomm, la diversification pourrait réduire la cyclicité liée aux téléphones et élargir sa valorisation. Le chemin reste risqué: dépenses de recherche élevées, concurrence de Nvidia et des puces internes des hyperscalers, exécution industrielle et dépendance à quelques grands clients. Les prochains résultats devront montrer des commandes converties en revenus, une marge satisfaisante et un calendrier crédible vers l’objectif de 2029. Sans ces confirmations, la participation d’Alphabet restera surtout un soutien stratégique, pas une validation complète du scénario financier.

