Abdoulaye Ndiaye reprend le débat sur la dette publique sénégalaise en réfutant l’idée qu’une annulation offrirait une solution concrète et durable avec les instruments disponibles aujourd’hui. Selon lui, l’annulation présuppose des créanciers bienveillants, ce qui ne correspond pas à la géoéconomie actuelle où chaque créancier privilégie ses propres intérêts. Il rappelle que, sur les deux dernières années, aucun créancier n’a publiquement plaidé pour l’effacement de la dette sénégalaise.

Pour étayer son propos, Ndiaye compare plusieurs trajectoires africaines : le Zimbabwe, exclu des marchés depuis des décennies, le Mozambique qui a négocié seul après un scandale de dette cachée sans décote immédiate et dont les difficultés ont perduré, et la Zambie, qui illustre les limites du Cadre commun en vigueur. Il souligne qu’un échec se mesure par rapport à des contrefactuels et qu’il faut une méthode systématique pour évaluer restructurations préventives versus restructurations après défaut.

S’appuyant sur des travaux empiriques, il retient que les restructurations préventives entraînent des décotes moindres, moins de crises bancaires et un redémarrage plus rapide des flux de capitaux que les restructurations après défaut. Il avertit que le refus de paiement expose à des litiges dans les juridictions des créanciers et à la perte d’accès aux prêteurs, tandis que le remboursement à tout prix pèse sur l’espace budgétaire et bride les investissements de long terme.

Enfin, il critique les approches reposant sur la création monétaire pour effacer la dette. Il estime que la MMT relève davantage d’une posture idéologique et que la répression financière et l’inflation pourraient figer l’économie sur le long terme, confirmant que la simple annulation ne suffit pas à corriger la trajectoire d’endettement.