La proposition portée par Jean‑Luc Mélenchon d’« annuler » la dette publique française a relancé le débat public après un sondage YouGov montrant que 43 % des Français y seraient favorables, proportion qui monte à 50 % chez les 18‑24 ans (31 % d’opposants, 27 % d’indécis). Marc Touati a vigoureusement dénoncé l’idée sur Europe 1, rappelant d’emblée que « c’est interdit » : l’article 123 du TFUE proscrit le financement direct des États et l’effacement de créances par la BCE ou les banques centrales nationales, dont la Banque de France.
Touati insiste sur la fonction bilan‑actif de la Banque centrale, où les titres publics constituent une contrepartie de la masse monétaire aux côtés de l’or et des devises. Effacer ces créances reviendrait, selon lui, à « supprimer la création de richesse et la monnaie », provoquant un appauvrissement du pays et exigeant l’accord de tous les partenaires de la zone euro tant la décision aurait des implications communautaires.
L’expert détaille trois conséquences majeures : d’abord, la perte de crédibilité internationale entraînant un refus de prêt, d’autant que 57,5 % de la dette française est détenue par des non‑résidents. Ensuite, un choc sur les taux souverains : le taux à 10 ans, déjà à 4,2 %, pourrait s’envoler jusqu’à 10 %, avec un impact négatif sur l’investissement et la consommation. Enfin, un basculement en récession, hausse du chômage, creusement des déficits et, paradoxalement, augmentation de la dette via un cercle vicieux.
Touati prend l’exemple de la Grèce : après l’effacement partiel de dette des années 2010, le PIB grec a chuté de 28 % en trois ans et le niveau en 2026 est toujours 14 % inférieur à 2008. Sa conclusion lapidaire : « annuler la dette, c’est annuler la France », soulignant la gravité économique et politique d’une telle mesure.


