Jean-Luc Mélenchon a relancé l'idée que la Banque centrale européenne ou la Banque de France « mette au congélateur » les dettes des États, en commençant par celles liées à la période Covid. Il rappelle que 18% de la dette française est détenue par la Banque de France et a déclaré à plusieurs reprises qu’il suffirait de « les prendre et de les foutre au feu ». Cette formule a provoqué une vive réaction de l’exécutif et des partis concurrents à quelques mois d’une campagne présidentielle où la gestion de la dette sera centrale.
Le ministre de l’Économie Roland Lescure a qualifié la proposition de « se moquer du monde » et d’une mise en danger de la signature de la France, avertissant d’une « crise financière assurée » en cas de mise en oeuvre. Il a souligné le risque d’une hausse des coûts d’emprunt si les créanciers jugeaient la France peu fiable. Le taux à 10 ans de la France était de 4,11% lundi, après avoir atteint 4,14% la semaine précédente, un niveau inédit depuis 2008.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé qu’une telle mesure détruirait la confiance et rappelé que la France doit lever 310 milliards d’euros cette année, interrogeant qui prêterait encore si l’État reniait sa signature. Gabriel Attal a qualifié le discours de « délirant », tandis que Jordan Bardella a débattu publiquement avec le banquier Matthieu Pigasse, qui soutient toutefois que le « mur de la dette n’existe pas » et que la France emprunte régulièrement sans difficulté.
Sur le plan juridique et institutionnel, des économistes et spécialistes soulignent des verrous importants : Xavier Ragot (IFE) rappelle que geler la dette détenue par la BCE contreviendrait aux traités garantissant l’indépendance opérationnelle des banques centrales. Une cinquantaine d’économistes, dont quelques proches des Insoumis, affirment cependant dans une tribune que l’effacement est « techniquement, comptablement, institutionnellement possible », tout en reconnaissant une « vraie difficulté politique ». Enfin, l’Insee chiffre la dette publique française à 3.536,1 milliards d’euros à la fin du 1er trimestre 2026, soit 117,5% du PIB.

