Le recul de l’espace démocratique au Pérou se traduit par une montée des intimidations et des violences visant les journalistes, en particulier ceux qui travaillent en province. Reporters sans frontières note que 2025 a été l’année la plus meurtrière pour la presse péruvienne depuis les années 1980, avec quatre assassinats. L’association nationale de journalistes du Pérou a recensé plus de 458 attaques contre la presse sur la même année, soulignant l’ampleur du phénomène.
Les cibles sont souvent des reporters qui enquêtent sur l’usage des fonds publics, les atteintes à l’environnement ou le narcotrafic. Geraldine Santos, journaliste d’investigation indépendante de 30 ans basée dans la région andine de Huanuco, illustre ces risques : primée par le Global Investigative Journalism Network pour une enquête sur des pistes d’atterrissage illégales utilisées par les trafiquants, elle a été directement menacée et poursuivie par des narcotrafiquants qui ont annoncé connaître sa localisation.
Pour se protéger, Geraldine a dû temporairement s’éloigner à Lima pendant son enquête et a adopté des précautions quotidiennes (éviter certains lieux publics, ne pas rester seule). Elle a créé un compte Instagram, «Lengua de perro», pour documenter son travail et attirer l’attention sur les dangers que subissent aussi les communautés autochtones, comme les Kakataibo, dont les territoires sont envahis par des trafiquants et menacés par des pistes clandestines.
Les assassinats et attaques récentes ont principalement touché des journalistes basés en dehors de la capitale; l’un des tués vivait très proche de Geraldine, un autre, Mixar Castillejos, a été abattu devant son domicile. Le panorama décrit par le reportage montre une conjonction de facteurs : hostilité politique envers les médias, affaiblissement institutionnel et menace concrète des organisations criminelles dans les zones rurales.

