Face à l’essor des applications d’intelligence artificielle, les géants technologiques américains construisent des centrales à gaz privées pour alimenter leurs centres de données, selon une analyse du cabinet Cleanview consultée par l’AFP. Environ soixante de ces sites sont en projet, cumulant une capacité électrique équivalente à celle du Mexique, et aucun ne sera raccordé au réseau public. Les porteurs de projets incluent Meta, Microsoft, OpenAI et d’autres acteurs majeurs du secteur.
Des ONG comme l’Union of Concerned Scientists (UCS) et le Natural Resources Defense Council (NRDC) estiment que ces centrales pourraient émettre facilement plus de 200 millions de tonnes de CO2 par an, selon les hypothèses sur le nombre de turbines et leur durée de fonctionnement. Cette pollution équivaudrait aux émissions annuelles de plus de 45 millions de voitures, soit l’ordre de grandeur des émissions annuelles du Pakistan. Outre le CO2, les installations relâchent particules fines, oxydes d’azote et polluants toxiques (mercure, formaldéhyde, benzène) oxydant les risques cardio-pulmonaires et respiratoires.
La pratique s’est amplifiée après l’usage en 2024 de turbines mobiles par Elon Musk à Memphis. Les turbines envisagées vont des groupes électrogènes sur remorque à des turbines issues d’aviation ou de marine, voire la réutilisation de générateurs industriels. Elles sont principalement implantées dans des États à gouvernance républicaine, le Texas en tête. Amazon a confirmé la construction d’une centrale géante au Texas — 35 turbines — dont la capacité totale serait quatre fois supérieure à celle du réacteur EPR de Flamanville.
Les oppositions juridiques et citoyennes se multiplient: la NAACP a porté plainte contre l’installation de xAI au Mississippi/Tennessee, représentée par Earthjustice, craignant un précédent national. Sur le plan politique, la Maison Blanche a lancé une initiative pour inciter les géants tech à financer ou produire leur propre électricité afin d’éviter la répercussion sur les factures des ménages. Parallèlement, l’Atlas Public Policy note un rebond des nouvelles capacités fossiles dès le premier semestre 2026.

