Le débat sur les réserves obligatoires des banques divise la Banque centrale européenne. Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, s’est opposé à un relèvement du ratio imposant aux établissements de conserver une part plus importante de leurs liquidités sur un compte non rémunéré.

Deux arguments sont avancés en faveur d’une hausse. Elle permettrait d’abord de retirer une partie de la liquidité excédentaire du système et donc de resserrer les conditions financières dans un contexte d’inflation élevée. Elle réduirait aussi la facture d’intérêts supportée par la BCE et les banques centrales nationales, puisqu’une fraction plus importante des dépôts bancaires ne serait plus rémunérée.

Cette question découle des achats massifs d’obligations réalisés pendant la décennie précédant la pandémie, lorsque les taux étaient très faibles ou négatifs. Ces programmes ont créé des milliers de milliards d’euros de liquidités excédentaires. Avec la remontée des taux directeurs, la rémunération versée aux banques sur leurs dépôts a fortement augmenté. Plus de 2 100 milliards d’euros de liquidités excédentaires restent présents dans le système financier.

Pierre Wunsch juge cependant le raisonnement peu convaincant. Si l’objectif principal consiste à limiter les pertes des banques centrales, le ratio de réserves obligatoires deviendrait selon lui un instrument quasi budgétaire, alors que la politique budgétaire relève normalement des États. Il souligne également un risque de crédibilité : des banques davantage mises à contribution aujourd’hui pourraient être moins disposées à participer à de futurs programmes d’achat d’obligations.

Le débat concerne directement le modèle économique des banques. Une augmentation des réserves non rémunérées réduirait leurs revenus d’intérêts et pourrait les inciter à répercuter une partie du coût sur leurs clients ou leurs conditions de crédit. Pour les investisseurs, aucune décision n’est encore annoncée. Il faut distinguer la discussion interne d’une mesure adoptée et surveiller le niveau du futur ratio, son calendrier et les éventuelles compensations.