Boris Nadejdine, âgé de 63 ans, a choisi de fuir la Russie début août pour la France après avoir tenté jusqu'au bout de rester dans le pays sans être emprisonné. Ancien député (1999-2003), il a côtoyé Vladimir Poutine au début des années 2000, travaillé avec Sergueï Kirienko et participé pendant de longues années à des émissions pro-Kremlin. Sa trajectoire l'a pourtant mené à devenir un symbole inattendu de l'opposition à la guerre en Ukraine.
Face à la répression renforcée depuis l'invasion russe de 2022, Nadejdine raconte avoir cherché à « ne pas franchir les lignes rouges », lignes qui, selon lui, ont été déplacées par les autorités. Il a voulu concourir à l'élection présidentielle de 2024 et plus récemment aux législatives de septembre, mais ses démarches ont été entravées: il a été étiqueté "agent de l'étranger", condamné à une amende pour "extrémisme" et convoqué pour interrogatoire, ce qui précipita son départ via le Kazakhstan.
Peu après sa fuite, le parti antiguerre Iabloko s'est vu interdit de participer aux élections, renforçant l'étouffement des opposants. Nadejdine affirme avoir rencontré « des centaines, peut-être même des milliers » de jeunes Russes réclamant la paix et un retour à la vie normale, et il déplore les conséquences quotidiennes de la guerre — survols de drones, morts, pénuries d'essence, coupures d'internet et hausse des prix.
Le sondage Levada cité dans ses propos rappelle qu'en juillet 62% des personnes interrogées soutiennent l'ouverture de pourparlers de paix avec l'Ukraine, contre 28% favorables à la poursuite des combats. Nadejdine estime que les élites, bien que frustrées, restent trop craintives pour s'opposer ouvertement au Kremlin. Malgré une popularité présidentielle en recul, il juge que le contrôle de Poutine demeure solide, mais que l'usure liée à cinq ans de conflit pourrait encore éroder ce soutien.
Déterminé mais incertain quant à son avenir, Nadejdine dit vouloir tenir jusqu'au jour où il pourra revenir en Russie; ses parents âgés et ses enfants restent sur place, et il redoute de déraciner sa famille. Il se décrit comme un homme de compromis, avouant qu'il aurait pu « faire un bon homme politique européen », et observe la situation russe depuis l'exil provisoire en banlieue parisienne.


