L’examen du projet de loi de finances 2027 se joue dans un contexte économique et politique extrêmement contraint. Après une baisse du PIB de 0,2 % au T1 et une croissance nulle au T2, la prévision gouvernementale de 0,7 % pour l’année paraît compromise. Parallèlement, la hausse des taux d’intérêt alourdit la charge de la dette et pousse l’exécutif à poser une ligne rouge: le déficit 2027 ne devra pas dépasser les 5,1 % de PIB constatés en 2025, voire viser 4,9 % selon certaines hypothèses, après un déficit attendu à 5 % en 2026.

Face à ces contraintes, l’effort doit principalement porter sur la dépense publique. Les crédits de l’État continueraient d’augmenter mais moins vite que l’inflation, avec des allocations ciblées: Défense +6,4 milliards d’euros, Éducation +800 millions, Écologie +1,1 milliard, Recherche +500 millions, Intérieur +600 millions, Justice +400 millions. L’agriculture fait l’objet d’un plan de sauvetage et d’un plan de relance, avec 1 milliard d’euros d’aides annoncées.

Le gouvernement exclut une hausse générale des impôts et ne souhaite pas reconduire à l’identique la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises; il entend préserver le crédit d’impôt recherche et le pacte Dutreil. Sur le volet social, des pistes sensibles sont à l’étude: moindre indexation des pensions élevées, protection des petites retraites et du RSA, actions sur les arrêts maladie et déremboursement de médicaments à faible bénéfice thérapeutique. Ces mesures heurtent déjà les syndicats, la CGT qualifiant tout budget « régressif », la CFDT demandant des « efforts partagés » incluant une hausse d’un point de CSG et une réforme des droits de succession.

Politiquement, le risque de censure est réel: Jean‑Luc Mélenchon promet une motion de LFI, le RN « n’exclut rien », les Écologistes et les socialistes maintiennent la pression. En l’absence d’accord, la solution d’une loi spéciale reconduisant provisoirement les recettes et dépenses exposerait les comptes publics: l’Inspection générale des finances alerte sur un coût d’au moins 0,5 point de PIB si la situation se prolonge. Le pari de Lecornu est donc d’obtenir un vote maintenant, en acceptant que la majorité issue de la présidentielle puisse ensuite modifier le texte.