Le 10 septembre, Jean Tirole — prix Nobel d’économie 2014 — a exprimé une vive inquiétude sur la trajectoire économique de la France alors que le gouvernement prépare le projet de loi de finances présenté en Conseil des ministres le 30 septembre. Selon lui, les mesures actuellement recherchées pour redresser les comptes publics sont insuffisantes : « On est sur le Titanic, et on se contente de bouger les transats », a-t-il déclaré sur RTL, soulignant une gestion de court terme et une négociation permanente qui, selon lui, éclipse l’intérêt général et l’investissement pour les générations futures.

Sur BFM TV, co-auteur avec Karine Van Der Straeten de l’ouvrage Economie du désordre mondial, Tirole alerte aussi sur des risques géopolitiques susceptibles d’aggraver la situation française. Il évoque la possibilité de pressions politiques extérieures, en citant l’exemple hypothétique de Donald Trump exigeant des concessions commerciales ou financières, jusqu’à menacer l’accès au système financier américain ou aux technologies américaines — éléments qu’il juge cruciaux pour le pouvoir d’achat et l’indépendance nationale.

L’économiste pointe enfin un déficit de compétitivité européen lié à des choix technologiques « pas optimaux » et place la France en retard sur l’intelligence artificielle. Il mentionne la compagnie Mistral, pour laquelle il espère un redressement mais qui, selon lui, « aurait abdiqué dans la course à l’IA ». Son diagnostic combine donc contraintes budgétaires, vulnérabilités géopolitiques et faiblesses dans les choix technologiques comme moteurs d’une crise potentielle plus profonde.

Au total, Tirole appelle à des décisions structurelles et à une vision à long terme pour préserver l’autonomie économique et les capacités d’investissement du pays, plutôt qu’à des arbitrages ponctuels qui, selon lui, ne parviendront pas à stabiliser durablement les comptes publics.