CVS Health prépare le démantèlement du modèle intégré qu’il a construit pendant plusieurs années. Le groupe américain veut se scinder en deux sociétés, en séparant ses pharmacies de détail de ses activités d’assurance santé et de gestion des prestations pharmaceutiques. L’opération doit être achevée au premier semestre 2028.
Une première entité regroupera notamment les quelque 9 000 pharmacies de CVS et ses activités de bien-être des consommateurs. Ce segment a réalisé 139,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025. L’autre ensemble réunira l’assureur Aetna et Caremark, le gestionnaire de prestations pharmaceutiques. Les prestations de santé ont généré 143,4 milliards de dollars de revenus en 2025, tandis que l’activité de gestion pharmaceutique a atteint 190,4 milliards.
Cette séparation constitue un revirement stratégique majeur. CVS avait acquis Aetna en 2018 pour environ 78 milliards de dollars afin de réunir assurance, pharmacie et gestion des médicaments sous un même toit. L’objectif était de mieux coordonner les soins et de capter davantage de valeur dans la chaîne de santé. Le groupe reconnaît désormais implicitement que cette intégration n’a pas produit une lisibilité suffisante pour les investisseurs.
Le contexte réglementaire joue aussi un rôle. Les entreprises contrôlant plusieurs maillons du système de santé américain sont accusées de créer des conflits d’intérêts, de réduire la concurrence et d’alimenter la hausse des coûts. Une scission peut diminuer cette pression et rendre les responsabilités de chaque activité plus transparentes.
Sur le plan opérationnel, les deux branches font face à des défis différents. Les assureurs subissent l’augmentation des dépenses médicales, qui oblige à relever les primes, réduire certaines prestations ou abandonner des contrats peu rentables. Les pharmacies sont confrontées à la concurrence d’Amazon, à la livraison des ordonnances et à une fréquentation moindre des magasins. La séparation ne résout pas automatiquement ces difficultés.
Le marché a réagi avec prudence, l’action progressant d’environ 0,4 % avant l’ouverture. Les résultats du troisième trimestre ont offert un soutien supplémentaire, avec un bénéfice par action de 2,09 dollars, supérieur au consensus de 1,65 dollar.
Pour l’investisseur, la scission peut révéler la valeur propre de chaque métier et faciliter des décisions de gestion plus ciblées. Le risque principal tient toutefois à l’exécution: répartition de la dette, coûts de séparation, contrats entre les deux sociétés et perte éventuelle de synergies. Le calendrier jusqu’en 2028 impose donc de suivre les étapes concrètes plutôt que de valoriser immédiatement l’opération comme acquise.


