Cristian Mungiu signe avec Fjord un thriller social primé à Cannes qui raconte le destin d'une famille très pieuse ayant quitté la Roumanie pour s'installer en Norvège avec cinq enfants. Inspiré d'une histoire vraie, le film décrit comment l'interdiction de YouTube et des smartphones, et une éducation fondée sur des préceptes évangéliques, conduisent à des accusations de violences éducatives et à la rupture du lien avec la communauté d'accueil.
Le réalisateur, déjà Palme d'or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, insiste sur l'universalité du conflit qu'il filme: la confrontation entre une vision conservatrice et une vision progressiste, observable selon lui aux États-Unis, en France ou en Italie. Mungiu refuse d'ériger une défense de la société conservatrice, mais met en garde contre l'arrogance d'une laïcité qui se croit détentrice exclusive de la vérité et sur la tentation des extrêmes au détriment du centre.
Pour la première fois, Mungiu a fait appel à des visages internationaux: Sebastian Stan incarne le père roumain et Renate Reinsve la mère norvégienne. Tourné en Norvège, le film a nécessité un budget «beaucoup plus» élevé que ses précédents projets, et la présence de Stan — né en Roumanie — a facilité le montage financier du film. Mungiu souligne également l'effet bénéfique du succès actuel du cinéma roumain pour attirer producteurs et financements internationaux, tout en regrettant les contraintes qui limitent certains tournages en Roumanie (par exemple les films en costume jugés trop coûteux).
En refusant de faire du «cinéma politique» au sens propagandiste, Mungiu défend un cinéma d'auteur dont la mission est, selon lui, de comprendre les tendances majeures de nos sociétés. Fjord cristallise ainsi des débats sur la tolérance, l'identité et les limites de l'intervention sociale dans la sphère familiale.
