Après le bombardement de Coventry, le colonel John Turner fut chargé dès septembre 1939 de multiplier des leurres diurnes et nocturnes. Face aux raids de la Luftwaffe fin 1940, Turner développa les sites « Special Fire » (SF) — surnommés Starfish — destinés à recréer, à plusieurs kilomètres des véritables cibles, l’illusion d’une agglomération incendiée. Entre décembre 1940 et juin 1941, de nouveaux sites SF furent ajoutés au rythme d’un par jour.

Les sites répondaient à des règles d’implantation strictes : situés à environ six kilomètres de la cible protégée et au moins 1,5 km de toute autre habitation, ils étaient conçus pour s’allumer après la première vague d’attaques afin d’attirer les vagues suivantes. Des prisonniers de la Luftwaffe ont confirmé que les équipages allemands recevaient l’ordre d’ajouter des bombes incendiaires sur tout feu déjà visible.

Chaque installation était opérée par de petites équipes logées dans des bunkers en brique. L’archéologie moderne a permis de reconstituer deux abris complets, composés d’une salle de contrôle (téléphone, interrupteurs, lit superposé, trappe d’évacuation) et d’une salle technique abritant des générateurs. Des bases de poêle et un abri anti‑bombes en béton — comme celui du site de Fobbing dans l’Essex — témoignent du caractère dangereux et prémédité de la mission de ces personnels.

Le dispositif ne se limitait pas aux feux : un réseau de sites QL reproduisait, sans flammes, l’éclairage urbain et les effets de circulation, amplifiant l’illusion. Le site originel dans les Mendip Hills près de Bristol utilisait créosote et eau pour simuler des explosions, des générateurs Coventry Climax alimentant des boîtes lumineuses imitant rues et voies ferrées.

Au total, 237 sites Starfish protégèrent 81 villes et cités au Royaume‑Uni. Selon les calculs prudents compilés par l’historien Colin Dobinson à partir des estimations de Turner, ces leurres auraient détourné 968 tonnes de bombardement allemand. Les sites furent désactivés au fur et à mesure que la menace aérienne s’éloignait — Lullingstone, chargé de Londres, fut fermé en septembre 1943 — et leurs bunkers ont été redécouverts grâce aux drones et au LiDAR près d’un siècle plus tard.