Depuis plusieurs semaines, les taux d'intérêt des dettes publiques connaissent un mouvement généralisé de hausse, mettant sous pression les budgets des États. En France, le rendement à dix ans atteint environ 4,10%, un niveau qui n'avait pas été observé depuis la crise de 2008 ; début janvier il était à 3,50%. L'Allemagne dépasse 3,20% — premier niveau depuis 2011 —, le Royaume‑Uni a frôlé 5,20% et les bons du Trésor américains ont dépassé 4,70% sur dix ans, tandis que l'échéance à trente ans aux États‑Unis est montée à 5,30%, un sommet depuis 2007.

Les spécialistes interrogés pointent plusieurs causes : l'envolée de la dette publique depuis la grande crise de 2008‑2009, l'augmentation des déficits même dans des pays historiquement prudents comme l'Allemagne, et la concurrence accrue pour attirer les capitaux — y compris face aux emprunts massifs des géants technologiques. Frederik Ducrozet (Pictet) et Charlotte de Montpellier (ING) soulignent que cette offre supplémentaire de titres oblige les États à offrir des primes pour séduire les investisseurs.

L'inflation, accentuée récemment par la guerre au Moyen‑Orient et la hausse des prix du pétrole, renchérit aussi le coût exigé par les créanciers. À cela s'ajoute, selon Charlotte de Montpellier, l'incertitude sur la politique monétaire américaine depuis l'arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Fed, qui a brouillé le message et accru le risque perçu sur les prêts à long terme.

Conséquences concrètes : la charge de la dette augmente mécaniquement et devient en France le premier poste budgétaire, devant l'éducation (hors pensions), ce qui creuse le déficit, réduit les marges de manœuvre et pèse sur la croissance. Les hausses de taux répercutées sur les crédits des ménages et des entreprises alourdissent aussi le coût du crédit et freinent la consommation et l'investissement. Selon Mabrouk Chetouane et Romain Aumond (Natixis Investment Managers), ces tensions peuvent générer une prime de risque supplémentaire en contexte d'incertitudes politiques, sans toutefois reproduire une crise de type grecque.