Les résultats d’Alphabet, Microsoft et Amazon vont fournir un test majeur pour la thèse boursière de l’intelligence artificielle. Le marché attend une accélération de leurs activités cloud, mais il ne se contente plus d’une forte croissance du chiffre d’affaires. Les investisseurs veulent désormais vérifier que les dépenses massives consacrées aux centres de données, aux puces et aux modèles d’IA peuvent produire un rendement suffisant sans dégrader durablement les flux de trésorerie.
L’enjeu financier est considérable. Le carnet de commandes cumulé des trois groupes approche 1 700 milliards de dollars, tandis que leurs dépenses pourraient atteindre 600 milliards de dollars cette année. Cette puissance d’investissement soutient la demande adressée aux fabricants de semi-conducteurs et aux fournisseurs d’infrastructures. Elle augmente aussi la sensibilité du secteur au coût du financement, alors que les rendements obligataires et les primes de risque sur certains acteurs spécialisés du cloud ont progressé.
Les anticipations restent élevées. Selon les estimations citées, le chiffre d’affaires de Google Cloud pourrait bondir de 95,1 % à 29,57 milliards de dollars. Amazon Web Services afficherait une croissance de 38,2 %, tandis que Microsoft Azure progresserait de 47,7 %. Microsoft doit par ailleurs publier pour la première fois un chiffre d’affaires trimestriel distinct pour Azure, attendu à 33,06 milliards de dollars. Cette transparence supplémentaire aidera les investisseurs à mesurer plus précisément l’échelle et la rentabilité de l’activité.
Le principal point de tension concerne la conversion de cette croissance en trésorerie. Alphabet et Amazon pourraient enregistrer une consommation de cash pour un nouveau trimestre, tandis que Microsoft générerait plus de 8 milliards de dollars de flux de trésorerie. Meta a déjà montré que le marché pouvait sanctionner une entreprise malgré des revenus supérieurs aux attentes lorsque les dépenses futures semblent trop importantes.
Pour l’investisseur, le risque n’est donc pas seulement un ralentissement de l’adoption de l’IA. Il réside aussi dans une baisse des multiples de valorisation si les investissements progressent plus vite que les bénéfices. Les cours d’Amazon, Alphabet et Microsoft ont augmenté de 1,2 % à 10,1 % cette année, mais restent derrière la hausse proche de 12 % du S&P 500.
Il faudra surveiller la croissance du cloud, les nouvelles enveloppes d’investissement, les marges et surtout les indications sur les flux de trésorerie disponibles. Des résultats solides accompagnés d’une discipline financière pourraient soutenir le secteur. À l’inverse, une nouvelle hausse des dépenses sans amélioration visible de la rentabilité renforcerait les craintes de surinvestissement.
