EssilorLuxottica a retrouvé l'attention du marché après plusieurs mois difficiles. Le titre a gagné environ 18% sur une semaine, un mouvement largement déclenché le 21 octobre par une hausse de plus de 15% au lendemain de la publication du chiffre d'affaires du troisième trimestre.

Le groupe franco-italien a enregistré 7,48 milliards d'euros de revenus sur la période, en progression de 9% sur un an. Le consensus se situait autour de 7,34 milliards. Le dépassement est donc réel, mais limité, ce qui invite à distinguer la surprise opérationnelle de l'ampleur du rebond boursier.

Les activités historiques d'optique et de santé visuelle continuent de progresser, avec une croissance des ventes supérieure à 6%. Elles constituent le socle du modèle économique et bénéficient de tendances démographiques favorables, notamment le vieillissement de la population et l'augmentation des besoins de correction visuelle.

La nouveauté vient surtout des lunettes connectées Ray-Ban Meta et Oakley Meta, ainsi que des solutions auditives Nuance Audio. Ces produits rapprochent EssilorLuxottica des marchés technologiques et peuvent élargir ses sources de croissance. Ils exigent toutefois des dépenses de recherche, de production et de commercialisation importantes. Leur succès en volume devra donc se traduire par des marges suffisantes pour créer durablement de la valeur.

Plusieurs analystes ont accueilli favorablement la publication. Jefferies et UBS conservent une recommandation d'achat, Morgan Stanley et Barclays restent positifs, tandis que Deutsche Bank a relevé son opinion. Ce soutien contribue à la dynamique du cours, mais il ne supprime pas les risques liés à la valorisation et à l'exécution.

Le rebond récent ressemble encore à un rattrapage. Malgré sa hausse hebdomadaire, l'action reste en baisse de plus de 32% depuis le début de l'année et a perdu plus de la moitié de sa valeur par rapport à ses sommets des douze derniers mois. Cette trajectoire reflète les doutes accumulés avant la publication et la nécessité de confirmer l'amélioration sur plusieurs trimestres.

Pour l'investisseur français, le dossier combine une activité défensive de santé visuelle et une option de croissance technologique. Cette association peut être attractive dans un PEA, mais elle complexifie l'analyse. Il faut surveiller la croissance organique, la rentabilité des produits connectés, les investissements nécessaires et les écarts entre régions.

Un trimestre supérieur aux attentes améliore la visibilité, sans suffire à valider un retournement complet. La poursuite du rebond dépendra surtout de la capacité du groupe à maintenir la croissance de ses métiers traditionnels tout en transformant les lunettes connectées en profits récurrents.