Les réserves de gaz en Europe affichent en août un taux de remplissage inédit depuis 2009 : 57% seulement, alors qu'à la même période on atteint classiquement 74%, selon Gas Infrastructure Europe (GIE). Thierry Bros, expert en énergie, rappelle que le précédent creux notable était de 60% en 2021 lors des réductions de flux russes, et estime que le niveau actuel n'offre pas de marge suffisante pour affronter un hiver rigoureux ou de nouvelles coupures d’approvisionnement.
Le contexte géopolitique alimente ces tensions. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial, reste bloqué, perturbant les flux commerciaux. Par ailleurs, le Qatar, l’un des grands exportateurs de GNL, a envoyé à ses clients une notice de force majeure annonçant qu’il n’enverra pas de cargaisons d’ici l'hiver, une décision qui réduit encore l'offre disponible sur les marchés internationaux.
Côté demande, l'Asie continue d'absorber une part importante des volumes disponibles : la Chine et l'Inde cherchent à sécuriser leurs stocks pour les mois à venir, ce qui soutient les prix. Thierry Bros souligne qu'en dépit de ces tensions, une pénurie généralisée n'est pas inévitable, mais avertit clairement que la conséquence immédiate sera une augmentation des factures pour les ménages français se chauffant au gaz.
Pour les énergéticiens, cet été n'a pas permis l'accumulation de volumes bon marché comme d'habitude, réduisant la capacité à lisser les coûts à la hausse. Les combinaisons d'un niveau de stockage historiquement bas, de possibles interruptions de flux et d'une demande mondiale robuste créent un cocktail propice à une flambée des prix domestiques au cours de l'hiver à venir.

