Face à l’explosion de la demande électrique liée à l’intelligence artificielle, les groupes technologiques et les producteurs d’énergie explorent une solution complémentaire à la construction de nouvelles centrales et lignes : rendre les centres de données plus flexibles dans leur consommation.

Cette « réponse à la demande » consiste à réduire ou décaler temporairement certains usages lors des pointes ou des périodes de tension sur le réseau. Selon l’Electric Power Research Institute, les centres de données américains ont consommé environ 177 à 192 térawattheures en 2024. Cette consommation pourrait atteindre entre 383 et 793 TWh en 2030, soit une progression considérable dans tous les scénarios.

Les installations interrogées par l’EPRI estiment pouvoir réduire leur puissance de pointe de 10 % à 30 %, certains hyperscalers pouvant aller plus loin. Une étude du Nicholas Institute de l’université Duke évalue entre 40 et 150 milliards de dollars les investissements de réseau qui pourraient être évités sur dix ans grâce à une flexibilité accrue.

Cette capacité peut aussi accélérer le raccordement de nouveaux projets. OpenAI a par exemple accepté de pouvoir réduire jusqu’à un gigawatt son prélèvement sur le réseau pour une installation de 3,2 gigawatts prévue en Géorgie lors des périodes tendues. En juin, les régulateurs fédéraux ont demandé aux opérateurs de réseau d’étudier des procédures spécifiques pour les grands consommateurs acceptant de moduler leur demande.

Google, Nvidia et Emerald AI ont également lancé l’AI Energy Management Alliance afin de favoriser le déploiement de centres de données flexibles. La généralisation reste néanmoins complexe. Les opérateurs doivent ajuster la consommation sans dégrader les services fournis à leurs clients. Les énergéticiens doivent de leur côté créer des tarifs, rémunérations et procédures d’interconnexion donnant une valeur économique à cette flexibilité.

La réponse à la demande ne supprime donc pas les besoins d’investissement. Elle nécessite des systèmes de contrôle, des capacités de secours et un cadre réglementaire coordonné. Pour les investisseurs, elle peut réduire le coût global de l’expansion de l’IA, mais elle redistribue aussi la valeur vers les technologies de gestion énergétique, les réseaux intelligents et les opérateurs capables de garantir une consommation modulable.