DoorDash pourrait annoncer dès jeudi l’acquisition d’Instacart, selon des informations de presse citant des sources proches du dossier. L’opération serait valorisée autour de 17 milliards de dollars. Instacart a gagné environ 4 % après la clôture, à 60,48 dollars, tandis que DoorDash a reculé d’environ 2 %, à 165,01 dollars.

Cette réaction opposée est classique lors d’une opération de rachat. Les actionnaires de la cible anticipent généralement une prime, alors que ceux de l’acquéreur évaluent le prix payé, le financement et les difficultés d’intégration. Depuis le début de l’année, Instacart progressait déjà d’environ 30 %, alors que DoorDash reculait d’environ 25 % avant cette information.

Le rapprochement aurait une logique industrielle. DoorDash est fortement implanté dans la livraison de repas et développe une offre de proximité plus large. Instacart est spécialisé dans les courses alimentaires, avec une plateforme reliant consommateurs, enseignes et livreurs. Ensemble, les deux groupes pourraient accroître la fréquence d’utilisation de leurs applications et mieux répartir les coûts technologiques, commerciaux et logistiques.

Les données constituent un autre enjeu majeur. Une plateforme combinée disposerait d’une vision plus large des habitudes d’achat, utile pour personnaliser les offres, vendre de la publicité et renforcer les programmes de fidélité. Le groupe pourrait également mieux négocier avec les commerçants grâce à un volume de transactions supérieur.

Ces avantages potentiels ne garantissent toutefois pas la création de valeur. Les modèles de livraison restent sensibles au coût de la main-d’œuvre, aux incitations accordées aux livreurs et aux dépenses marketing. Les utilisateurs peuvent facilement comparer plusieurs applications, ce qui limite parfois la fidélité et le pouvoir de fixation des prix. Une acquisition importante peut aussi mobiliser beaucoup de capital avant que les synergies ne deviennent visibles.

Le risque réglementaire devra être surveillé. Les autorités pourraient examiner l’impact de l’opération sur la concurrence dans la livraison locale, l’accès des commerçants aux plateformes et les conditions imposées aux travailleurs indépendants. Les délais d’examen pourraient retarder la transaction ou imposer des concessions.

Pour l’investisseur, les informations disponibles restent incomplètes. Le prix exact, la part payée en numéraire ou en actions, les économies attendues et l’impact sur le bénéfice par action ne sont pas encore connus. La baisse de DoorDash montre que le marché redoute un effort financier important ou une prime excessive.

Il est donc préférable d’attendre une annonce officielle. La pertinence stratégique paraît réelle, mais la qualité d’une acquisition dépend davantage de son prix et de son exécution que de la seule taille du nouvel ensemble.