La barre des 5 % sur le Treasury américain à dix ans change l’équation pour les portefeuilles. Vendredi, son rendement se situait autour de 5,24 %, après un plus haut récent de vingt-quatre ans. Dans le même temps, le S&P 500 reste proche de ses records et affiche une progression supérieure à 14 % depuis le début de l’année.
Cette coexistence n’est pas impossible, mais elle devient exigeante. Un rendement obligataire élevé offre une rémunération immédiate sans dépendre de la croissance future des bénéfices. Pour rester attractives, les actions doivent donc compenser par une progression solide des résultats ou par des perspectives suffisamment fortes. Or le consensus attend déjà une hausse de plus de 30 % des bénéfices du S&P 500 au troisième trimestre. Une grande partie des bonnes nouvelles est donc anticipée.
Les grandes banques ouvriront la saison avec JPMorgan, Goldman Sachs, Citigroup et Wells Fargo, suivies de Morgan Stanley et Bank of America. Leurs comptes donneront des indications sur le crédit, les consommateurs, les dépôts et les marchés de capitaux. Ils permettront aussi de mesurer comment la hausse des taux se transmet à l’économie réelle.
Le deuxième test sera l’inflation de septembre. Le consensus attend 3,7 % sur un an pour l’indice global et 2,5 % pour l’indice sous-jacent. Une surprise à la hausse pourrait raviver les anticipations de resserrement de la Réserve fédérale avant sa réunion des 27 et 28 octobre, pousser les rendements encore plus haut et comprimer les multiples boursiers.
Pour l’investisseur, le risque n’est pas seulement une baisse générale du marché. La dispersion peut augmenter : les entreprises très valorisées, endettées ou dépendantes de profits lointains deviennent plus sensibles au taux d’actualisation, tandis que les sociétés générant des flux de trésorerie immédiats résistent généralement mieux.
Le bon réflexe consiste donc à tester chaque ligne du portefeuille face à deux scénarios : des bénéfices inférieurs aux attentes et un taux sans risque durablement supérieur à 5 %. Les prochaines publications diront si les profits peuvent encore compenser ce coût du capital.


