Les petites capitalisations reviennent au premier plan avec un risque souvent sous-estimé : la dilution. Plusieurs annonces récentes montrent pourquoi le montant immédiatement levé ne permet pas, à lui seul, d’évaluer l’impact d’une opération sur les actionnaires.

GenSight Biologics vient par exemple de finaliser un financement légèrement supérieur à 1 million d’euros. L’opération comprend environ 2,597 millions d’actions nouvelles, mais aussi près de 11 940 bons préfinancés et 14,537 millions de bons destinés aux investisseurs. Les liquidités encaissées sont connues ; l’effet final sur le nombre d’actions dépendra cependant de l’exercice futur de ces instruments, de leurs prix et de leurs échéances.

Chez Klarsen, l’assemblée générale a autorisé le conseil d’administration, pendant 26 mois, à réaliser une augmentation de capital avec maintien du droit préférentiel de souscription. Il ne s’agit pas encore d’une levée de fonds. Cette délégation crée néanmoins une capacité de financement mobilisable rapidement. Le droit préférentiel permet aux actionnaires de préserver leur part, à condition de participer à l’opération et d’apporter de nouvelles liquidités.

Le cas Bigben illustre un niveau de risque supérieur. Le groupe se trouve sous sauvegarde accélérée et prépare sa restructuration financière après avoir enregistré 369,4 millions d’euros de dépréciations d’actifs. Son EBITDA reste positif à 55,5 millions d’euros, mais la valeur des actions existantes dépendra surtout de la répartition économique retenue entre créanciers, nouveaux apporteurs de capitaux et actionnaires actuels.

Ces trois situations ne sont pas équivalentes. Une levée de fonds peut financer la croissance, prolonger l’autonomie de trésorerie ou éviter une crise de liquidité. Elle devient destructrice lorsque les capitaux sont obtenus à un prix très faible, que les besoins se répètent ou que les instruments annexes augmentent fortement le nombre futur de titres.

Pour comparer correctement une opération, quatre données sont essentielles : le nombre d’actions avant et après financement, le prix d’émission, le produit net réellement encaissé et le nombre maximal de titres supplémentaires liés aux bons ou obligations convertibles. Il faut ensuite rapporter ces chiffres à la trésorerie consommée et aux prochaines échéances opérationnelles.

Sur les petites valeurs, le bon réflexe n’est donc pas de regarder uniquement le pourcentage de décote annoncé. La question décisive est la suivante : quelle part de l’entreprise et de sa valeur future restera attachée à chaque action une fois tous les instruments potentiellement dilutifs exercés ?