Les stablecoins sont souvent analysés à travers la réglementation, les réserves ou les volumes de paiement. Une étude publiée le 13 octobre par la Banque des règlements internationaux ajoute un facteur plus traditionnel : le taux servi par les banques à leurs déposants.

Les chercheurs ont examiné des données américaines hebdomadaires allant de janvier 2019 à juin 2025. Leur objectif était de mesurer si les stablecoins adossés à des réserves et les dépôts bancaires se disputent une partie de la même épargne liquide. Ces deux instruments permettent de conserver une valeur disponible pour les paiements ou les transferts, mais les stablecoins versent généralement peu ou pas d’intérêt à leur détenteur.

Le résultat principal indique une substitution partielle. Une hausse des taux de dépôt est suivie d’une croissance plus faible de la capitalisation des stablecoins. La relation est plus forte pour l’USDC que pour l’USDT, ce que les auteurs relient aux liens plus étroits de l’USDC avec les déposants américains. Le même type d’effet apparaît pour plusieurs produits de dépôt et pour les stablecoins fournis aux protocoles de finance décentralisée. Il n’est en revanche pas observé sur les cryptoactifs qui ne cherchent pas à maintenir une valeur stable.

L’étude tient compte de nombreux facteurs susceptibles de brouiller la lecture : niveau général des taux, rendements des bons du Trésor, dollar, bitcoin, volatilité financière et évolution du marché crypto. Les auteurs soulignent toutefois une limite importante. Leurs résultats portent sur l’allocation entre actifs ; ils ne démontrent pas que la croissance des stablecoins réduit mécaniquement l’ensemble des dépôts bancaires ou le crédit accordé à l’économie.

Pour l’investisseur, le message est double. D’abord, l’attractivité d’un stablecoin ne dépend pas uniquement de son émetteur ou de son usage dans la blockchain : elle varie aussi avec le rendement sans risque accessible dans le système bancaire. Ensuite, si les stablecoins gagnent en taille, leurs interactions avec le financement des banques et la transmission de la politique monétaire pourraient devenir plus visibles. Le différentiel entre rémunération bancaire et rendement obtenu sur les usages crypto devient donc un indicateur central à surveiller.