Joëlle Chevé propose une histoire des « Premières dames » françaises qui met en lumière un double mouvement : la montée en puissance du pouvoir présidentiel et l'explosion de la médiatisation. À travers les portraits de Claude Pompidou, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, Danielle Mitterrand, Bernadette Chirac, Cécilia Sarkozy, Carla Bruni et Valérie Trierweiler, elle montre comment le rôle, informel et polyvalent, se transforme sans jamais être codifié juridiquement. Le livre, publié en 2017 chez Éditions du Rocher, souligne des positions très différentes — de la modernité culturelle imposée par Claude Pompidou à la discrétion d'Anne-Aymone Giscard d'Estaing, en passant par l'activisme de Danielle Mitterrand et l'engagement associatif autonome de Bernadette Chirac.

Chevé analyse aussi l'impact des médias : presse people et chaînes en continu ont fait de la vie privée du couple présidentiel un spectacle permanent. Elle rappelle des épisodes emblématiques : Cécilia Sarkozy quitte l'Élysée dès les premiers mois après la victoire de 2007 et divorce quelques semaines après l'élection ; Carla Bruni arrive trois mois après l'élection, apportant une notoriété internationale et une carrière artistique difficile à intégrer dans l'institution ; Valérie Trierweiler, compagne non mariée de François Hollande, pose pour sa part la question constitutionnelle de l'existence d'une « Première dame » non épouse, jusqu'à son départ de l'Élysée en janvier 2014 après la révélation d'une liaison du président.

Au centre du propos se trouve un paradoxe : ces femmes bénéficient d'avantages matériels (collaborateurs, chauffeurs), peuvent être chargées de missions diplomatiques mais ne disposent d'aucun statut légal. Chevé cite l'expression « devoir de réserve très contraignant au titre d'un statut qui n'existe pas ». Elle note enfin la tentative d'Emmanuel Macron en 2017 de formaliser la fonction, initiative rapidement retirée face à la polémique, illustrant l'impasse institutionnelle sur ce sujet depuis soixante ans.