L’écart de rendement entre l’OAT française et le Bund allemand à dix ans a dépassé 150 points de base, un niveau inédit depuis 2012. Autrement dit, la France doit verser environ 1,5 point de pourcentage de plus que l’Allemagne pour emprunter sur la même durée. Le rendement français frôle 5 %, tandis que le Bund à dix ans se situe autour de 3,43 %.
Le Bund conserve son rôle d’actif sans risque de référence dans la zone euro, même si l’Allemagne emprunte davantage. Berlin prévoit environ 512 milliards d’euros d’émissions cette année et a assoupli son frein constitutionnel à la dette pour financer les infrastructures et la défense. Cette offre supplémentaire contribue elle aussi à la hausse des taux allemands.
Le spread mesure donc une différence relative de risque, pas seulement le niveau absolu des taux. Les investisseurs comparent notamment des dettes publiques proches de 120 % du PIB en France et de 66 % en Allemagne. Les doutes portent sur la capacité française à réduire durablement son déficit et à stabiliser sa dette dans un environnement politique fragmenté.
Le contexte monétaire accentue la pression. Entre 2015 et 2021, les achats d’obligations de la Banque centrale européenne soutenaient les cours et comprimaient les rendements. La diminution progressive de son portefeuille oblige désormais les marchés à absorber davantage de dette souveraine. Les dépenses publiques, l’inflation et les risques géopolitiques reprennent donc davantage de poids dans la formation des taux.
Le niveau actuel reste inférieur au pic français de plus de 200 points de base atteint fin 2011. La BCE dispose depuis 2022 d’un instrument de protection de la transmission destiné à limiter des mouvements désordonnés, mais une intervention en faveur de la France paraît peu probable à ce stade.
Pour les investisseurs, l’élargissement du spread peut peser sur les banques, l’immobilier, les valeurs endettées et le coût de financement de l’économie française. Il peut aussi rendre les obligations françaises plus rémunératrices, au prix d’une volatilité et d’un risque budgétaire accrus.


