La confrontation commerciale entre le Canada et les États-Unis s’est intensifiée en septembre 2026. Ottawa a instauré des droits de 15 %, 25 % ou 50 % sur plus de 700 catégories de produits américains à partir du 8 septembre, en réponse à la décision de Washington d’appliquer jusqu’à 50 % de surtaxes sur des marchandises représentant environ 5 % des exportations annuelles canadiennes vers les États-Unis (meubles, machinerie électronique, plastiques, vêtements). Moins de 24 heures après la riposte canadienne, la Maison Blanche a signé cinq décrets supplémentaires étendant des droits de 50 % à partir du 15 septembre au fromage, au papier, à l’acier, à l’aluminium et aux matelas, tout en ordonnant le retrait des produits canadiens des achats gouvernementaux et en annonçant l’interdiction prochaine d’importations comme certains produits laitiers, boissons alcoolisées, motocyclettes ou sirop d’érable.

Les conséquences macroéconomiques potentielles sont déjà chiffrées par plusieurs sources: la Banque de Montréal estime que ces mesures pourraient retrancher environ un demi-point de croissance au Canada, et l’économiste Trevor Tombe avance un risque de suppression de 90 000 emplois. Le contexte est rendu plus fragile par l’extrême intégration des deux économies: 70 % des exportations canadiennes sont encore destinées aux États-Unis et des intrants franchissent parfois la frontière plusieurs fois au cours de la production.

Les entreprises canadiennes sont inégalement exposées. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante estime que 40 % des petits exportateurs vendent des produits désormais taxés à 50 % par les États-Unis, tandis que plus de 50 % des petites entreprises importent des intrants américains, ce qui les oblige à rogner leurs marges ou à augmenter leurs prix. Les autorités canadiennes, sous la direction du Premier ministre Mark Carney, ont refusé des concessions jugées attentatoires à la souveraineté, notamment sur les politiques d’achats publics et les règles audiovisuelles.

Pour réduire la dépendance, Ottawa accélère ses démarches vers l’Union européenne et l’Asie, mais la diversification prendra des années. Les grandes banques canadiennes jugent néanmoins l’économie résiliente: la Banque royale du Canada écarte un scénario de catastrophe, et la TD Canada Trust évoque un « supercycle » d’investissements alimenté par plus de 1 000 milliards de dollars canadiens (environ 620 milliards d’euros) de projets annoncés ou envisagés. Au-delà des chiffres, l’article souligne l’ébranlement d’une confiance bâtie pendant des décennies autour d’un voisin considéré naguère fiable.