La tension sur la dette française commence à être analysée comme un risque pour l’ensemble de la zone euro. Le rendement de l’obligation française à dix ans évolue autour de 4,9 %, proche de son plus haut niveau depuis plus de vingt ans. L’écart avec le taux allemand de même échéance atteint environ 145 points de base, légèrement sous son récent sommet.

Cette prime reflète une situation budgétaire dégradée. La dette publique française représentait 119 % du produit intérieur brut à la fin de juin 2026, soit 3 596 milliards d’euros selon l’Insee. Le déficit public est attendu à 5,4 % du PIB en 2026. La charge d’intérêts pourrait atteindre 91 milliards d’euros en 2027, contre 79,2 milliards cette année, une hausse d’environ 12 milliards qui réduirait encore la marge de manœuvre budgétaire.

Oxford Economics estime qu’une crise de dette demeure peu probable mais aurait des conséquences importantes. Dans son scénario central, l’écart de taux franco-allemand resterait inférieur à 200 points de base avant l’élection d’avril 2027, puis se resserrerait. Un scénario défavorable modéré le porterait à 250 points, tandis qu’un choc sévère atteindrait 400 points, un niveau comparable aux tensions observées en Italie en 2012 selon Andrew Kenningham de Capital Economics.

Dans l’hypothèse sévère, le taux français à dix ans atteindrait 7 % au deuxième trimestre 2027 et le déficit dépasserait 6 % du PIB, faisant apparaître un risque de crise de liquidité. La France et l’Italie entreraient alors en récession en 2027. Les coûts d’emprunt grimperaient aussi en Belgique, tandis que l’Espagne, le Portugal et la Grèce subiraient des hausses de rendement sans contraction économique dans cette simulation. La zone euro dans son ensemble éviterait toutefois la récession.

Le système financier présente aujourd’hui moins de fragilités bancaires et immobilières qu’au début des années 2010. La Banque centrale européenne dispose en outre de l’instrument de protection de la transmission, susceptible d’aider certains pays sous conditions. Mais la BCE ne remplacerait pas un ajustement budgétaire français : Christine Lagarde a indiqué que la réponse devait d’abord être trouvée en France. Le marché semble intégrer un déficit proche de 5 % en 2027 ; un dérapage plus marqué pourrait donc provoquer une nouvelle réévaluation du risque souverain.