Le S&P 500 se rapproche du seuil des 8 000 points après son rebond estival, mais la barre à franchir pour prolonger la hausse est élevée. Les analystes anticipent une progression de 30,6 % des bénéfices au troisième trimestre, selon LSEG. Le chiffre paraît robuste, mais il masque une forte concentration.

En dehors des grandes valeurs technologiques et énergétiques mises en avant dans les estimations, la croissance bénéficiaire du reste de l’indice ne serait que de 5 % sur un an, contre 14 % au trimestre précédent, selon HSBC. Cette divergence signifie que quelques groupes portent une part disproportionnée de la performance fondamentale et boursière.

La largeur du marché confirme ce déséquilibre. Malgré un indice proche de ses sommets, 62 % des composantes du S&P 500 se négocient sous leur moyenne mobile à 50 jours. Une majorité d’actions affiche donc une dynamique de court terme moins favorable que ne le suggère le niveau de l’indice.

Le contexte macroéconomique ajoute de la pression. Depuis juillet, le pétrole est passé de 84 à plus de 105 dollars le baril et le rendement du Treasury à 10 ans a atteint son niveau le plus élevé depuis 2002. Ces deux mouvements pèsent généralement sur les multiples de valorisation et sur les secteurs sensibles aux taux. Les élections américaines de mi-mandat de novembre ajoutent une incertitude politique.

Le marché devient également plus exigeant envers le thème de l’intelligence artificielle. Des résultats solides ne suffisent plus nécessairement lorsque les attentes et les valorisations sont déjà très élevées. TSMC a publié un sixième bénéfice trimestriel record, tout en appelant à la prudence pour 2027. Le secteur des semi-conducteurs a continué de reculer, illustrant ce décalage entre performance opérationnelle et réaction boursière.

Plusieurs maisons ajustent leur positionnement. RBC Capital Markets a ramené la technologie américaine à une pondération de marché et renforcé la santé. Citigroup a abandonné sa surpondération des actions américaines, jugeant certains indicateurs proches de niveaux historiquement associés aux sommets.

Pour l’investisseur, l’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si le S&P 500 atteindra 8 000 points. Il faut observer si les bénéfices s’élargissent au-delà des mégacapitalisations. Sans amélioration de la participation du reste du marché, l’indice restera vulnérable au moindre faux pas d’un petit nombre de leaders.