Wall Street a brutalement réévalué les gagnants et les perdants du boom de l’intelligence artificielle après la large victoire démocrate aux élections américaines de mi-mandat. Amazon a progressé de 7,4 %, atteignant un sommet de trois mois, tandis que Meta, Alphabet et Microsoft ont gagné entre 2 % et 6,3 %. Apple a bondi de près de 7 % vers un record. Si ces mouvements se maintiennent, les cinq groupes auront ajouté plus de 750 milliards de dollars à leur capitalisation cumulée.
Le raisonnement du marché est contre-intuitif. Des responsables démocrates, notamment au Texas, contestent l’expansion rapide de centres de données gourmands en énergie et en eau. De nouvelles restrictions pourraient ralentir les constructions. Pour les géants du cloud qui disposent déjà d’un vaste parc d’infrastructures, cette rareté renforcerait la valeur des capacités existantes. Elle pourrait aussi réduire le rythme de leurs dépenses d’investissement et soulager des flux de trésorerie soumis à une forte pression.
L’enjeu financier est majeur. Les grandes entreprises technologiques prévoient plus de 740 milliards de dollars de dépenses cette année, contre environ 400 milliards l’an dernier. Cette accélération avait récemment inquiété les investisseurs, qui craignaient que la course à l’IA transforme des groupes riches en liquidités en emprunteurs permanents. Microsoft se distinguait avec 18,6 milliards de dollars de flux de trésorerie, mais l’ensemble du secteur restait sous surveillance.
La réaction n’a toutefois pas profité à toute la chaîne. Applied Digital et Iren ont perdu entre 6 % et 13 %. Ces opérateurs plus petits ont engagé des dépenses très supérieures à leur chiffre d’affaires pour répondre à leurs carnets de commandes. Un ralentissement des autorisations menacerait donc directement leurs plans d’expansion financés par la dette. Selon une estimation citée par la source, le Texas pourrait représenter environ 25 % à 30 % des nouvelles capacités attendues, ce qui explique la sensibilité du secteur au scrutin.
Pour un investisseur français exposé au Nasdaq, à un ETF mondial ou à des fonds technologiques, le rebond ne signifie pas que le risque lié à l’IA a disparu. Il se déplace. Les grands acteurs pourraient préserver davantage de trésorerie et bénéficier d’une barrière à l’entrée plus forte. En revanche, moins de centres de données pourrait aussi limiter la croissance future des services d’IA, retarder certains projets et maintenir une pénurie de capacité.
La hausse d’une séance repose donc sur un scénario politique encore incertain. Il faudra surveiller les règles réellement adoptées, les budgets d’investissement des groupes et l’évolution de leur trésorerie. La forte concentration des indices dans quelques géants amplifie autant les rebonds que les corrections. Une exposition diversifiée reste préférable à un pari fondé uniquement sur la réaction immédiate du marché.

