L’industrie avicole américaine paie aujourd’hui un pari de capacité devenu excessif. À partir de 2024, la flambée du prix du bœuf a convaincu les producteurs qu’une part importante de la consommation se reporterait vers le poulet. La filière a alors investi dans de nouveaux bâtiments automatisés, de grands couvoirs et des souches capables de produire davantage de viande en quelques semaines.

L’offre a pourtant progressé plus vite que la demande. Près de 22 millions de tonnes de poulet devraient être commercialisées aux États-Unis en 2026, un record, selon les projections rapportées par RFI. Les grossistes peinent à écouler les surplus, ce qui tire les prix vers le bas et comprime fortement les marges des transformateurs.

Pilgrim’s Pride, deuxième producteur américain de poulet, illustre cette pression : son résultat net a chuté de 96 % au deuxième trimestre. Ses chiffres du troisième trimestre, attendus la semaine suivante, permettront de mesurer si la baisse des prix s’est encore aggravée ou si les ajustements de production commencent à porter leurs fruits.

La réponse stratégique consiste à réduire l’exposition à la volaille brute vendue en gros et à accélérer dans les produits transformés, assaisonnés et conditionnés. Cette réorientation peut restaurer du pouvoir de fixation des prix, mais elle réclame de nouveaux équipements et l’adaptation des chaînes de production. Elle ne résout donc pas immédiatement le problème de surcapacité.

À court terme, le transfert de valeur profite surtout aux consommateurs et aux grands acheteurs. Les ménages américains bénéficient d’une protéine meilleur marché dans un contexte encore marqué par l’inflation alimentaire. Les chaînes de restauration rapide, dont McDonald’s et Wendy’s, peuvent également multiplier les offres autour de 5 ou 6 dollars. Pour l’investisseur, l’enjeu est de savoir quelles entreprises disposent du bilan et des marques nécessaires pour absorber cette phase de prix bas et monter en gamme.