Une nouvelle escalade tarifaire américaine pèse désormais sur les perspectives économiques canadiennes. Washington a appliqué des droits de douane de 50 % sur près de 28 milliards $ de produits canadiens, comprenant du ciment, du miel, de l’alcool et des textiles — des biens représentant environ 5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis. La Banque de Montréal estime que ces mesures réduiront la croissance du Canada d’un demi-point de pourcentage et nuiront aux investissements et à la confiance des acteurs économiques.

Avant l’échec des négociations, l’économie canadienne montrait des signes de rebond : Statistique Canada prévoit une croissance solide du PIB réel au deuxième trimestre 2026, après deux légères contractions consécutives. Mais les économistes soulignent que la rupture arrive au pire moment pour une reprise fragile. Robert Kavcic (Banque de Montréal) qualifie cette action de la mesure la plus sévère depuis le printemps 2025 et note que les entreprises pourraient freiner leurs projets d’investissement face à l’incertitude accrue.

Les réactions politiques et les risques d’escalade renforcent l’inquiétude. Le premier ministre Mark Carney a annoncé des droits de douane de rétorsion équivalents à compter du 8 septembre. De son côté, le président américain Donald Trump a menacé d’imposer des tarifs de 50 % sur les voitures et pièces détachées dès le 1er janvier 2027. Bradley Saunders (Capital Economics) avertit que ces nouveaux droits rapprochent le Canada d’une récession si l’affrontement s’intensifie.

Sur le plan structurel, Saunders calcule que le taux tarifaire effectif moyen du Canada a presque doublé, passant de 2,9 % à 5,6 %, tandis que d’autres instituts estiment ce taux entre 5 % et 9 %. Les deux économistes estiment aussi que cet épisode fragilise l’avantage tarifaire relatif du Canada et compliquera la renégociation de l’ACEUM. Enfin, Kavcic juge que l’incertitude commerciale devrait conforter la Banque du Canada dans sa décision de laisser ses taux inchangés, les pressions inflationnistes potentielles étant compensées par un ralentissement de la croissance.