Les obligations d’État japonaises ont reculé mardi, dans un marché partagé entre le retour de l’appétit pour le risque et l’attente des prochaines décisions monétaires. Le rendement du titre de référence à dix ans a gagné 1,5 point de base, à 2,795 %. Comme le prix d’une obligation évolue en sens inverse de son rendement, ce mouvement traduit une pression vendeuse sur les emprunts japonais.

Le rebond des actions liées à l’intelligence artificielle a réduit la demande de placements refuges. Les marchés américains et japonais ont progressé avant les résultats d’Alphabet et de Microsoft, deux groupes dont les investissements dans les centres de données sont étroitement surveillés. Cette amélioration du sentiment contraste avec la baisse des rendements du Trésor américain pendant la nuit, les opérateurs se positionnant avant la décision de la Réserve fédérale attendue mercredi.

Au Japon, l’échéance principale reste la réunion de la Banque du Japon des 29 et 30 octobre. Le scénario dominant est celui d’une pause après le relèvement du taux directeur à 1,25 % en septembre. Une partie importante du marché anticipe cependant une nouvelle hausse à 1,5 % en décembre, tandis que d’autres investisseurs envisagent janvier.

Les tensions apparaissent sur plusieurs maturités. Le rendement à deux ans, particulièrement sensible aux anticipations de politique monétaire, a progressé d’un point de base à 1,885 %. Celui à cinq ans a gagné 1,5 point à 2,240 %. Sur la partie longue, le rendement à vingt ans a avancé à 3,595 %, alors que celui à trente ans est resté stable à 3,805 %.

Le débat au sein de la communauté monétaire reste ouvert. L’ancien gouverneur Haruhiko Kuroda estime que la banque centrale examinera probablement une hausse de 25 points de base lors de chacune de ses prochaines réunions afin de rapprocher les taux d’un niveau neutre. À l’inverse, l’ancien vice-gouverneur Masazumi Wakatabe souligne qu’une hausse serait difficile à expliquer avec une croissance réelle négative et une inflation principalement alimentée par les coûts.

Pour l’investisseur français, la remontée des rendements japonais peut modifier les flux mondiaux. Des taux domestiques plus attractifs peuvent inciter les investisseurs japonais à rapatrier une partie de leurs capitaux placés à l’étranger, avec des conséquences possibles pour les obligations américaines, européennes et pour le yen. Ce scénario n’est toutefois pas automatique : il dépendra du message de la Banque du Japon, de la trajectoire de l’inflation et des décisions de la Fed.

La prudence reste donc justifiée. Les rendements japonais sont proches de niveaux élevés et peuvent rester volatils autour des réunions monétaires. La direction du yen et la forme de la courbe des taux fourniront des signaux plus solides qu’un seul mouvement de séance.