Les vagues de chaleur à répétition modifient sensiblement les attentes des acquéreurs en France : exposition, présence de volets, possibilité de créer des courants d’air, logements traversants, terrasses ombragées et arbres de quartier figurent désormais dans les critères de recherche. Christian Tokoto, agent chez Guy Hoquet, illustre ce glissement : un appartement central «avec de grandes vitres» reste invendu car les visites concluent «trop chaud» et il n’est pas traversant. À Paris, les étages sous les toits des immeubles haussmanniens sont particulièrement pointés du doigt pour leur surchauffe.

Les professionnels confirment une tendance partagée. Joseph Denke, agent chez FredéLion, note une baisse de la demande pour les expositions sud et pour les logements sous les toits. Sophie Bourg, directrice marketing de Leboncoin immobilier, relève que les Français ne considèrent plus les épisodes de chaleur comme des «épiphénomènes» mais comme des contraintes structurelles intégrées dans le choix résidentiel. Un tiers des répondants à un sondage en ligne mené par Leboncoin en juin n’exclurait pas de déménager si les épisodes caniculaires s’intensifiaient.

Sur le plan sanitaire et technique, la climatisation, longtemps jugée controversée dans le débat public, n’est plus un tabou lors des recherches de logement, selon Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt. Les acquéreurs interrogent désormais l’habitabilité réelle : température constatée pendant une canicule, possibilités d’aération nocturne, tenue de la chambre pour dormir confortablement, plutôt que de se limiter au diagnostic de performance énergétique.

Le diagnostic chiffré alerte aussi : l’observatoire européen du changement climatique indique que l’Europe occidentale a connu son début d’été le plus chaud enregistré, et le cabinet Pouget Consultants et Ignes estime qu’un logement sur deux en France serait une «bouilloire thermique», c’est‑à‑dire susceptible de se réchauffer très vite. Ces constats réorientent les priorités des acheteurs et des professionnels de l’immobilier vers des critères liés à la fraîcheur et au confort d’été.