Marine Le Pen a cherché jeudi soir à Roland-Garros à convaincre les chefs d’entreprise qu’elle peut concilier ses choix de société et une gestion budgétaire sérieuse. Pour cela, elle a déroulé un plan de « rétablissement des finances publiques » reposant sur 125 milliards d’euros d’économies et l’inscription d’une « règle d’or » budgétaire dans la Constitution, martelant que l’État « doit faire un effort » en premier. Ces annonces ont reçu des applaudissements dans l’auditoire du Medef, ciblé comme un milieu « qui a beaucoup souffert dans les dix dernières années ».

Toutefois, la candidate du Rassemblement national n’a pas abandonné ses marqueurs sociaux: elle confirme une réforme des retraites visant un âge légal à 62 ans, avec une dérogation possible à 60 ans pour ceux ayant commencé à travailler avant 20 ans et ayant cotisé 40 ans. Pour inciter les seniors à rester en activité, elle propose de supprimer les cotisations retraite et chômage pour ceux qui dépassent l’âge légal et veulent continuer à travailler, un dispositif chiffré par elle à 9 milliards d’euros en année pleine. Elle assume ce coût comme « un choix de société ».

Sur le plan interne au RN, l’équation est délicate. Jordan Bardella, qui avait noué des liens avec le monde patronal en avril, pèse sur le débat interne et cherche à influer sur le programme économique, tandis que le retrait de François Durvye, conseiller économique lié à Bardella, souligne des tensions et un certain inconfort du parti sur le sujet. Durvye ne participera pas à la campagne de Le Pen; celle-ci a dit ne pas le regretter.

Les opposants ont saisi ces contradictions: Gabriel Attal et d’autres ont dénoncé un retour aux « fondamentaux » du RN où l’immigration domine le discours et où les mesures économiques pèseraient sur les entreprises. La candidate tente donc un exercice d’équilibriste entre promesses de baisse des dépenses publiques et mesures socialement coûteuses, tout en cherchant à neutraliser le positionnement économique perçu de Bardella.