La tribune relayée met au centre l’idée de confier durablement une portion de la dette publique au bilan de l’Eurosystème pour la protéger des ventes et des spéculations des créanciers privés. Les signataires rappellent que, tant qu’un titre figure dans le bilan de la BCE ou de la Banque de France, il échappe aux arbitrages quotidiens des marchés qui peuvent instrumentaliser la hausse des taux comme levier de pression politique. La dette publique française est présentée dans ce contexte comme élevée : 3 536 milliards d’euros au T1 2026, soit 117,5 % du PIB.

Concrètement, la logique proposée repose sur deux leviers déjà utilisés : empêcher le reflux progressif des titres détenus par l’Eurosystème vers les marchés et renouveler les détentions lorsque les titres arrivent à échéance, éventuellement en transformant ces titres en obligations très longues ou perpétuelles à taux faible. Ces dispositifs visent à neutraliser les « mécanismes disciplinaires » du marché obligataire qui, selon la tribune, contraignent souvent la sphère publique à des ajustements budgétaires sous la menace d’une hausse des taux.

Les auteurs soulignent que la BCE a les moyens opérationnels de jouer ce rôle, rappelant les achats massifs menés lors des crises précédentes et les récentes décisions de la Fed (ralentissement puis arrêt de la réduction du bilan, puis réinvestissements et rachats depuis début 2026). Ils proposent aussi des mesures complémentaires pour réduire la dépendance au marché : orienter davantage l’épargne réglementée vers le financement public, imposer aux banques un plancher de détention de titres publics, ou créer des canaux publics de financement à taux réduits pour les collectivités et les investissements écologiques.

Enfin, la tribune affirme que restaurer des canaux durables de financement public hors marché relève d’un choix institutionnel et démocratique plutôt que d’une contrainte économique inéluctable. Il ne s’agirait pas de financer des déficits sans limite, mais de garantir que les orientations politiques puissent être mises en œuvre sans subir en permanence le veto des marchés financiers.