MSCI estime que la Corée du Sud doit encore démontrer l’application concrète de ses réformes avant de pouvoir être reclassée de marché émergent à marché développé. Le message de son directeur général, Henry Fernandez, reconnaît les progrès réglementaires tout en maintenant une condition essentielle: les nouvelles règles doivent fonctionner durablement dans la pratique, pas seulement exister dans les textes.

Le reclassement constitue un objectif politique important du président Lee Jae Myung. Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2025, le gouvernement a lancé des réformes de marché et des mesures fiscales destinées à améliorer l’attractivité de la Bourse coréenne. Le pays a aussi ouvert davantage son marché des changes en juillet afin de permettre des transactions vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

D’autres mesures sont envisagées pour réduire la décote souvent appliquée aux entreprises coréennes par rapport à leurs concurrentes mondiales. Les autorités souhaitent élargir la publication des documents financiers en anglais, encourager les sociétés à relever leurs dividendes et attirer l’attention sur celles dont le ratio cours sur valeur comptable demeure très faible. Ces actions visent à améliorer la transparence, la rémunération des actionnaires et l’accès des investisseurs étrangers.

Pour les marchés, un reclassement MSCI ne serait pas un simple changement d’étiquette. Les indices servent de référence à de nombreux fonds et ETF. Un passage dans la catégorie des marchés développés pourrait modifier les allocations internationales, mais l’effet exact dépendrait de la composition des indices, des calendriers de transition et des décisions de chaque gestionnaire. Il ne faut donc pas anticiper mécaniquement un afflux immédiat de capitaux.

L’épisode de forte volatilité qui a récemment touché le KOSPI rappelle aussi que les réformes structurelles n’effacent pas le risque de concentration. Samsung Electronics et SK Hynix occupent une place majeure dans le marché coréen, ce qui expose l’indice au cycle des semi-conducteurs et aux dépenses mondiales dans l’intelligence artificielle.

Pour un investisseur français, le dossier présente deux horizons. À court terme, le marché restera sensible aux valeurs technologiques, au won et aux flux internationaux. À plus long terme, une meilleure gouvernance, des dividendes plus élevés et un accès facilité aux devises pourraient réduire la décote de certaines entreprises.

La prudence reste nécessaire, car MSCI n’a annoncé ni reclassement ni calendrier. Les prochaines étapes seront l’application réelle des réformes, l’expérience des investisseurs étrangers et l’évaluation formelle de l’agence d’indices. Une exposition à la Corée doit donc reposer sur les fondamentaux des entreprises et la diversification, plutôt que sur le seul pari d’un changement de statut.