La progression du marché japonais est souvent associée aux valeurs technologiques et à l'intelligence artificielle, mais un second moteur structurel est à l'œuvre: la réforme de l'allocation du capital. Depuis mars 2023, la Bourse de Tokyo demande aux sociétés cotées de gérer leur activité en tenant compte du coût du capital et du cours de Bourse.

Cette démarche encourage notamment la réduction des participations croisées, une meilleure utilisation de la trésorerie et l'augmentation des retours aux actionnaires. Selon les données de Verdad citées dans l'analyse, la proportion d'entreprises japonaises valorisées sous 0,7 fois leur valeur comptable est passée de 31 % à 16 % en quatre ans. Celle des sociétés sous 0,5 fois est tombée de 16 % à 5 %. Les entreprises ayant le plus augmenté leurs distributions ont connu la plus forte expansion de leurs multiples.

Le mécanisme attendu est simple: un bilan moins surcapitalisé peut relever le rendement des capitaux propres et soutenir une revalorisation, à condition que la réduction des actifs improductifs ne fragilise pas l'entreprise. Plus de 98 % des sociétés du compartiment Prime de la Bourse de Tokyo ont désormais publié des initiatives ou plans d'action en réponse à la réforme.

Cette dynamique dépasse le Japon. La Corée du Sud a lancé en 2024 son programme «Value-Up», puis a renforcé en 2025 les devoirs fiduciaires, les protections des investisseurs et certaines incitations liées aux dividendes. Pour les investisseurs, l'enjeu consiste à distinguer les sociétés qui annoncent des mesures ponctuelles de celles qui améliorent durablement leur rentabilité du capital.

Les performances restent très dispersées. Parmi les exemples cités, Kioxia a progressé de 449,69 %, Advantest de 105,25 % et Tokyo Electron de 85,97 %, alors que Toyota a reculé de 13,78 % et Sony de 7,48 %. Cette dispersion montre que le thème de gouvernance n'efface ni les risques sectoriels ni le prix payé à l'entrée.