Nvidia n’est plus seulement le premier fournisseur de processeurs pour l’intelligence artificielle. Le groupe devient aussi un financeur majeur de son propre écosystème, avec des participations, des prêts, des garanties et des véhicules d’infrastructure. Cette stratégie peut accélérer le développement du marché, mais elle complique l’analyse de la demande réellement indépendante.

Parmi les opérations citées figurent une participation de 10 milliards de dollars dans SpaceX, 5 milliards dans Intel et 105 milliards de financement pour un vaste centre de données d’OpenAI. Nvidia participe également à des montages d’infrastructures avec des gestionnaires comme BlackRock et Brookfield. Le groupe a enfin accordé des garanties de plusieurs milliards de dollars liées à des centres de données exploités par de jeunes acteurs du cloud, dont CoreWeave et Lambda.

Cette puissance financière repose sur un modèle très rentable. Nvidia conçoit ses puces mais sous-traite leur fabrication, ce qui limite ses besoins industriels directs. Sa marge sur les produits atteint environ 75 %, contre 54 % pour AMD et 50 % pour Apple selon les chiffres rapportés. Le groupe aurait généré 60 milliards de dollars de trésorerie sur la seule année 2025. Il peut donc investir chez des clients et partenaires qui achètent ensuite des équipements intégrant ses propres processeurs.

C’est précisément ce mécanisme qui alimente le débat sur un financement circulaire. Les critiques estiment qu’une partie de la demande est soutenue par Nvidia elle-même. D’autres observateurs soulignent que les besoins finaux restent très importants et que la demande de GPU progresse rapidement, même sans ces financements. Il faut donc éviter deux conclusions excessives: considérer toutes les ventes comme artificielles ou ignorer totalement les liens financiers entre fournisseurs et acheteurs.

Le principal risque vient de la concentration. Trois clients représentent 44 % du chiffre d’affaires de Nvidia. Si la demande d’IA déçoit, la faiblesse pourrait toucher simultanément les fabricants de puces, les centres de données et leurs financeurs. Les garanties accordées par Nvidia pourraient alors accroître son exposition au ralentissement. À court terme, toutefois, la demande resterait supérieure à l’offre pendant encore 12 à 18 mois.

Pour l’investisseur, la question centrale n’est pas seulement la croissance des ventes. Il faut suivre la provenance de la demande, la qualité financière des clients, les engagements hors bilan et la rentabilité des centres de données. Les grandes plateformes disposent de bilans solides, tandis que les acteurs marginaux et très endettés seraient plus vulnérables. Nvidia conserve donc des avantages considérables, mais son rôle de financeur augmente l’interdépendance du secteur et justifie une analyse plus prudente des risques.