Renault transpose son savoir-faire de grande série à un nouveau domaine : les drones militaires. Sollicité par la Direction générale de l’armement en juillet 2024, le constructeur travaille avec plusieurs industriels de la défense afin de simplifier la conception et d’accélérer les cadences, dans un contexte où la France cherche à combler son retard sur ces équipements.

L’approche automobile consiste à réduire le nombre de composants, les gestes d’assemblage et l’emploi de matériaux coûteux lorsque les performances supplémentaires ne sont pas indispensables. À Batilly, où un utilitaire sort toutes les 90 secondes, Renault dispose déjà des méthodes de robotisation, de contrôle qualité et de gestion des flux nécessaires à une production répétitive. Le groupe a notamment analysé des drones existants pouvant compter environ 200 vis pour un appareil d’un mètre d’envergure, afin d’identifier les opérations susceptibles d’être remplacées par des clips ou des assemblages plus rapides.

Le projet Chorus, développé avec Turgis Gaillard pour des frappes en profondeur, doit être fabriqué au Mans à une cadence de plusieurs centaines d’unités par mois. Renault prévoit un moteur thermique d’environ 15 000 euros à la place d’un turboréacteur évalué entre 700 000 et 800 000 euros. L’appareil pourrait conserver une portée comparable, au prix d’une vitesse plus faible. Avec Thales, le groupe travaille aussi sur Toutatis, une munition téléopérée de courte portée, en privilégiant notamment le plastique plutôt que le carbone lorsque la durée de vie très courte du produit ne justifie pas le surcoût.

Aucune commande ferme ni mise en service de ligne n’est encore annoncée. Pour les investisseurs, l’opportunité reste donc industrielle avant d’être financière. Renault peut valoriser ses usines et ses compétences hors de l’automobile, mais l’impact sur le chiffre d’affaires dépendra des volumes, des prix, des investissements requis et du partage de valeur avec les partenaires de défense.