Les marchés ont brutalement réévalué le scénario de croissance de l'intelligence artificielle après les prises de position de dirigeants du secteur. Dario Amodei, directeur général d'Anthropic, a appelé à ralentir le développement des modèles en raison des risques liés à une perte de contrôle humain. Sam Altman a soutenu cette approche et annoncé le report de l'introduction en Bourse d'OpenAI prévue cette année.
Les investisseurs ont surtout retenu les conséquences possibles sur les dépenses technologiques. En Asie, SoftBank a perdu 10 %, tandis que le Kospi a reculé de 3,26 %. SK Hynix a cédé 6,35 % et Samsung Electronics 4,05 %. En Europe, ASML, spécialiste des équipements de lithographie nécessaires à la fabrication des puces, a baissé de 5,48 %. À New York, Nvidia devait être particulièrement surveillée en raison de son rôle de fournisseur et de partenaire financier d'OpenAI.
L'inquiétude dépasse les seules entreprises d'IA. Les investissements croisés, les émissions obligataires et les dépenses d'infrastructure ont créé une chaîne d'exposition entre développeurs de modèles, fabricants de semi-conducteurs, opérateurs de centres de données et grands groupes technologiques. Selon les chiffres cités, Amazon, Microsoft, Meta et Alphabet ont consacré environ 900 milliards de dollars à l'IA au cours des deux dernières années.
Un ralentissement significatif des dépenses de recherche, des recrutements ou des investissements pourrait donc réduire la demande adressée à l'ensemble de cet écosystème. Il poserait aussi la question du financement et de l'utilisation future d'infrastructures déjà engagées. Cette perspective intervient alors que les entreprises technologiques doivent composer avec des taux d'intérêt élevés et, pour certaines, un recours accru à l'endettement.
Le débat reste cependant ouvert sur la portée réelle des annonces. Certains observateurs envisagent que l'argument de sécurité puisse également faciliter une normalisation de dépenses devenues très élevées. Pour les investisseurs, l'enjeu consiste désormais à distinguer les entreprises dont les revenus liés à l'IA sont déjà visibles de celles dont la valorisation repose surtout sur la poursuite d'investissements exceptionnels.


