Le pari boursier sur l’intelligence artificielle entre dans une phase où de bonnes nouvelles pourraient ne plus suffire. Le S&P 500 et le Nasdaq ont inscrit de nouveaux sommets, mais plusieurs signaux rappellent que les investisseurs attendent désormais une exécution presque parfaite : une introduction en Bourse de 5 milliards de dollars suspendue en Australie, des estimations de revenus revues à la baisse pour OpenAI et des réactions boursières négatives malgré des chiffres solides chez certains fabricants de puces.

La barre des résultats est particulièrement haute. Selon des données LSEG citées par Reuters, les analystes attendent plus de 30 % de croissance annuelle des bénéfices du S&P 500 au troisième trimestre, dont les deux tiers proviendraient de la technologie et de l’IA. Certaines estimations attribuent même jusqu’à 80 % de la croissance totale attendue des bénéfices à ce seul ensemble de secteurs.

La concentration est tout aussi marquée dans la performance du marché. Michael Cembalest, de JPMorgan Private Bank, estime qu’un groupe de 41 actions liées à l’IA a généré 75 % des rendements du S&P 500, 80 % de la croissance des bénéfices et 90 % de celle des dépenses d’investissement depuis novembre 2022. Cette dépendance rend les indices vulnérables à une déception limitée à quelques entreprises.

Le défi de rentabilité se mesure aussi à l’ampleur du capital engagé. Une estimation universitaire citée dans la chronique évalue à 10 300 milliards de dollars le financement nécessaire au déploiement de l’IA entre 2025 et 2032. Avec une hypothèse de rendement de 10 %, les revenus annuels requis atteindraient environ 3 550 milliards de dollars en 2032. Ces projections sont des scénarios, non des certitudes, mais elles illustrent l’écart entre les investissements actuels et les recettes qu’il faudra générer.

Pour les investisseurs, le prochain test sera moins la croissance brute que la qualité des perspectives : monétisation, marges, durée de vie des équipements et discipline des dépenses. Une hausse des résultats accompagnée de nouvelles accélérations de capex pourrait ne plus être accueillie favorablement si la visibilité sur le rendement du capital reste insuffisante.