La trajectoire financière des grands laboratoires d’intelligence artificielle reste difficile à lire malgré l’expansion rapide de leur activité. Selon des éléments du prospectus d’Anthropic obtenus par Reuters, le chiffre d’affaires de l’entreprise aurait atteint 4,6 milliards de dollars en 2025, mais ses dépenses informatiques et d’infrastructure se seraient élevées à 7,3 milliards. Sa perte d’exploitation serait passée de 2,98 milliards de dollars en 2024 à 8,06 milliards en 2025.
Pour Joachim Klement, stratège chez Panmure Liberum, le cœur du problème est économique : la demande peut augmenter fortement, mais les prix unitaires baissent. L’indice de dépenses en jetons conçu par Silicon Data aurait reculé de plus de 40 % depuis le 30 juin, sous l’effet de tarifs réduits sur des modèles qui ne sont plus à la frontière technologique. La thèse optimiste repose sur un mécanisme proche du paradoxe de Jevons : un prix plus faible stimulerait suffisamment l’usage pour accroître la dépense totale.
Les données disponibles ne permettent pas encore de confirmer ce scénario. L’indice est récent, sa couverture peut être incomplète et il ne distingue pas tous les modèles. D’autres signaux interrogent néanmoins la dynamique d’Anthropic : OpenRouter n’orienterait plus que 2,6 % de ses requêtes vers ses modèles, contre 5,2 % fin juin et un pic de 6,4 % en mai.
Cette analyse ne constitue pas une prévision certaine sur l’issue d’une éventuelle introduction en Bourse. Elle rappelle surtout que la croissance des usages, la tarification et l’intensité capitalistique doivent être examinées ensemble. Une forte progression du chiffre d’affaires peut coexister durablement avec des pertes si les coûts de calcul et d’infrastructure augmentent plus vite que la marge brute.

