Un tribunal moscovite a décidé jeudi de placer sous contrôle judiciaire Lida Moniava, dirigeante reconnue d’une organisation humanitaire pour enfants malades, mise en cause pour des critiques formulées à l’égard des actions de l’armée russe en Ukraine. Âgée de 38 ans, elle avait été interpellée la veille et inculpée pour « diffusion de fausses informations » au sujet des forces armées russes, une infraction introduite dans le code pénal après le 24 février 2022.
Les mesures imposées à Mme Moniava comprennent une interdiction de quitter son domicile entre 20h et 8h, l’interdiction d’utiliser Internet et l’obligation de ne pas communiquer avec des témoins de l’affaire. Son contrôle judiciaire court au moins jusqu’au 30 octobre, selon le service de presse des tribunaux de Moscou. Son avocat, Mikhaïl Birioukov, a précisé ces restrictions à l’AFP.
L’accusation repose, selon le Comité d’enquête russe, sur un message publié sur Telegram le 24 février 2023. D’après l’avocat, le post faisait état de milliers de victimes civiles en Ukraine en citant des statistiques de l’ONU et appelait à l’aide pour les réfugiés ukrainiens présents en Russie. Mme Moniava a déclaré aux journalistes qu’elle refusait de plaider coupable et qu’elle continuerait à travailler et à tenir des réunions, en s’abstenant d’utiliser un ordinateur pour respecter les conditions judiciaires.
Figure suivie par des dizaines de milliers de personnes en ligne, elle a fondé à Moscou un centre de soins palliatifs pour enfants et créé le fonds mayak.help, qui aidait également jusqu’à récemment des réfugiés ukrainiens en Russie. Après l’audience, plusieurs dizaines de soutiens rassemblés devant le tribunal l’ont acclamée lors de sa sortie, soulignant l’émotion suscitée par la perspective d’une détention provisoire — pratique courante dans ce type d’affaires en Russie.
Amnesty International a dénoncé les poursuites, estimant qu’elles visaient à « réduire au silence » la société civile et une des principales dirigeantes d’associations caritatives du pays.


