Le rapport « Beyond the Conflict » publié le 14 avril 2026 par le PNUD avec l’Institute for Security Studies dresse un bilan quantitatif sévère des effets économiques de la guerre au Soudan. Dès 2023 le pays a subi une perte d’environ 6,4 milliards de dollars de PIB et près de 6,9 millions de personnes sont tombées dans l’extrême pauvreté cette même année. La Direction générale du Trésor français évalue la contraction du PIB à 20,8 % en 2023 puis à 23,4 % en 2024, tandis que l’inflation est passée de 77,2 % à 176 % sur la même période.

Les perspectives à long terme diffèrent selon l’intensité et la durée du conflit. Si la guerre se poursuit jusqu’en 2030, le PNUD projette un déficit cumulé du PIB de 34,5 milliards de dollars en 2043 par rapport à un scénario sans guerre, soit une perte d’environ 1 700 dollars par habitant. Dans ce scénario, 52,4 millions de personnes — 63,3 % de la population — pourraient vivre sous le seuil d’extrême pauvreté en 2043. Même un accord de paix dès 2026 n’empêcherait pas une perte cumulée de 18,8 milliards de dollars d’ici 2043 (752 dollars par habitant).

La détérioration est déjà tangible : selon la Banque africaine de développement, le taux de pauvreté est passé de 36 % avant la guerre à 71 % en 2025, ajoutant environ 23 millions de personnes à la pauvreté. La livre soudanaise s’est fortement dépréciée et la dette publique atteignait 253 % du PIB en 2023, une hausse liée à des arriérés qui représentent 85 % de l’endettement total. Les recettes publiques se sont effondrées, chutant de 70 % en 2023, avec des recettes fiscales tombées à 3,3 % du PIB.

La sécurité alimentaire est gravement compromise : fin 2024, 24,6 millions de personnes faisaient face à une faim aiguë, dont 8,1 millions en situation d’urgence, conséquence d’une baisse de la production céréalière et de ruptures des chaînes d’approvisionnement. Enfin, la BAD anticipe néanmoins une reprise modérée de la croissance (1,2 % en 2025, 2,1 % en 2026, 3,2 % en 2027) si des zones voient leur situation sécuritaire s’améliorer, mais ces projections restent très dépendantes de l’évolution du conflit.