Tahar El Almi a laissé une empreinte multiple : chercheur et enseignant, commentateur et animateur de débat. Rattaché à des institutions comme l’Université Louis-Pasteur de Strasbourg, l’ISG-Tunis et l’IHET, il a articulé un travail d’économètre avec une volonté pédagogique, cherchant à rendre les modèles et statistiques utiles à l’analyse concrète de la Tunisie.

La volumétrie de sa production pour L’Économiste Maghrébin — 537 articles recensés — traduit à la fois longévité et continuité intellectuelle. Ses chroniques ont couvert un large éventail : inflation, pouvoir d’achat, dette publique, politique monétaire, financement de l’économie, dinar, fiscalité, investissement, entreprises, système bancaire et marchés financiers.

Son approche se caractérisait par la traduction des agrégats macroéconomiques en conséquences tangibles pour les ménages et les entreprises. Il reliait hausse des prix au pouvoir d’achat, hausse des taux au coût du crédit et à l’investissement, dette publique à la capacité d’investir pour la croissance future. Cette méthode a animé des travaux majeurs, comme l’étude sur les salaires réels 2005-2015 réalisée avec Ezzedine Larbi.

El Almi étendait son champ d’analyse aux dynamiques internationales : politiques monétaires américaine et européenne, évolution du dollar et de l’euro, marchés pétroliers et tensions géopolitiques. Pour lui, l’ouverture de l’économie tunisienne imposait de prendre en compte ces canaux internationaux dans l’analyse des choix nationaux.

Praticien de la pensée publique, il a aussi proposé des stratégies concrètes, par exemple un plan de sauvetage de 25 milliards de dinars en 2020 pour préserver l’appareil productif, et s’est montré critique face à des mesures fiscales susceptibles d’affaiblir l’investissement. Enfin, en tant que président-fondateur de l’Institut Africain d’Économie Financière, il cherchait à rapprocher réflexion académique et réalités africaines.

Actif jusqu’à ses derniers jours, son dernier article abordait le coût pour la Tunisie des orientations monétaires européennes, témoignage de la continuité de ses préoccupations : souveraineté économique, financement et arbitrages entre stabilité et croissance.