La CFDT propose d'instaurer une taxation de chaque héritage et donation dès le premier euro, une mesure défendue par sa secrétaire générale Marylise Léon comme une « justice sociale » et « justice fiscale ». Aujourd'hui, la fiscalité des successions fonctionne par part reçue : entre parent et enfant, un abattement de 100 000 € s'applique, puis un barème allant de 5 % à 45 % s'applique au-delà ; le conjoint survivant ou partenaire de PACS est exonéré.

Les modalités de la réforme ne sont pas encore précisées. RTL évoque un scénario où un taux forfaitaire de 1 % serait appliqué dès le premier euro, ce qui ferait payer 500 € pour une transmission de 50 000 € actuellement exonérée. Une autre option serait la suppression pure et simple des abattements, ce qui ferait entrer dans l'impôt de nombreuses transmissions jusqu'ici exonérées.

Pour Étienne Fize, économiste senior à l'Institut des politiques publiques (IPP), l'effet redistributif dépendra entièrement de l'architecture retenue : supprimer l'abattement de 100 000 € réduirait la progressivité en taxant davantage les faibles héritages, tandis que les très grandes transmissions verraient peu de variation. Le rendement budgétaire est incertain en l'absence de statistiques détaillées sur la distribution des héritages ; un faible taux sur de petites transmissions rapporterait peu.

La réforme soulève aussi des difficultés pratiques et d'équité. Les mécanismes d'anticipation — donations reconstituant l'abattement tous les 15 ans, abattement de 152 500 € pour certaines primes d'assurance-vie, démembrement pour réduire la valeur fiscale — favorisent les ménages aisés. Sans révision de ces niches, taxer « dès le premier euro » pourrait frapper surtout des héritiers modestes qui disposent de moins de leviers d'optimisation.

Enfin, le vieillissement des baby-boomers et l'augmentation attendue des successions font monter l'enjeu politique : le patrimoine reste très concentré et l'héritage contribue aux inégalités, mais la fiscalité des successions seule ne suffira pas à corriger les écarts accumulés au cours de la vie.