Izioum, ancienne ville de 45 000 habitants avant l'invasion, oscille entre routines quotidiennes et menaces permanentes. Les parterres de fleurs côtoient immeubles éventrés et voitures militaires détruites; les filets anti-drones se multiplient au-dessus des routes, signe visible que la guerre se rapproche. La ville a été occupée en mars 2022 puis libérée six mois plus tard, et beaucoup de familles sont revenues dès l'automne 2022 quand les troupes russes avaient été repoussées à une soixantaine de kilomètres.

Dans l'administration municipale, la jeune Violetta Dejyna, 21 ans, publie des images cherchant des « angles » qui cachent les dégâts pour maintenir une façade de normalité. Elle travaille au quotidien — salle de sport improvisée au sous-sol d'un supermarché, restauration de cérémonies civiles, petits ateliers pour enfants — tout en voyant ses pairs partir de nouveau, le front s'étant rapproché à environ trente kilomètres.

La vie sociale prend des formes contraintes: mariages organisés malgré les alertes aux missiles, cours de violon interrompus par des sirènes, et des espaces « marqués » — bâtiments identifiés comme cibles — privant les jeunes de leurs lieux de rassemblement. Devant ce constat, Violetta milite pour des projets concrets comme un skatepark afin d'éviter l'exode de la jeunesse, soulignant que « sans les jeunes, la ville est finie ».

Malgré la résilience affichée — « Ce n'est que de la résistance », dit Tamara Géorgiina, 58 ans, employée municipale — la présence restante est fragile: environ 2 000 enfants demeurent en ville et des habitudes (école, loisirs) restent suspendues. Violetta poursuit des études de droit par correspondance et envisage, avec sa famille, la possibilité de fuir un jour, malgré son attachement à Izioum et son désir de la reconstruire.