Goldman Sachs estime que le marché américain devient moins favorable aux stratégies consistant à prolonger mécaniquement la hausse des titres déjà gagnants. La largeur du marché, c’est-à-dire le nombre d’actions participant réellement à la progression des indices, évolue près de niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la période de la bulle Internet. Cette concentration accroît la sensibilité des indices à une correction des quelques valeurs dominantes.
Les premiers résultats du troisième trimestre alimentent cette prudence. Selon la banque, 53 % des entreprises du S&P 500 ont jusqu’ici dépassé les prévisions de bénéfices. Ce taux reste légèrement supérieur à la norme de long terme de 50 %, mais il est nettement inférieur à la moyenne de 64 % constatée sur les quatre trimestres précédents. Autrement dit, les bonnes surprises subsistent, mais elles deviennent moins fréquentes.
Goldman prévoit également un ralentissement de la croissance des bénéfices du S&P 500 à l’approche de 2027. Trois facteurs sont mis en avant : des taux d’intérêt élevés, le coût de l’énergie et une possible modération des dépenses d’investissement des grands groupes technologiques dans l’intelligence artificielle. Plusieurs fournisseurs de matériel et d’infrastructures d’IA, parmi lesquels Coherent, Lumentum, Hewlett Packard Enterprise, Super Micro Computer et Dell, ont déjà enregistré de fortes baisses hebdomadaires.
Le risque n’implique pas forcément une baisse uniforme du marché. La faible participation peut se corriger soit par un recul des gagnants récents, soit par un rattrapage des valeurs restées en retrait. Dans les deux cas, la domination du momentum serait remise en cause. Goldman privilégie ainsi certaines valeurs de consommation en retard et des sociétés défensives génératrices de trésorerie, citant Tyson Foods, CVS Health, Kroger, Abbott Laboratories et Merck.
Pour l’investisseur, le message central est celui de la diversification. Un indice peut rester proche de ses sommets tout en masquant une fragilité croissante sous la surface.
