Les vallées reculées du Badakhshan, au nord-est de l'Afghanistan, connaissent une véritable frénésie extractive : des centaines d'excavateurs modifient les montagnes et polluent rivières et pâturages. Selon des chiffres officiels, près de 10 000 mineurs travaillent sur le site de Shiwa, à sept heures de route de Faizabad. Des habitants rapportent une eau désormais « sale » et impropre à la consommation et une baisse des rendements agricoles liée à la poussière soulevée par les engins.

Le gouvernement taliban a fait du développement minier une priorité face à la chute des financements internationaux. D'après la Banque mondiale, le secteur des mines et carrières a connu une croissance annuelle de 25 à 30% depuis 2022. Entre 650 et 700 compagnies sont enregistrées et des milliers de mineurs artisanaux travaillent manuellement. Au Badakhshan, l'État a déclaré avoir « gagné 112 kilogrammes d'or » l'an dernier et espère « dix fois plus » cette année en améliorant le recouvrement des redevances.

La production est intensive et variée : sur certains chantiers, une société locale affirme extraire 200 à 300 grammes d'or par semaine. Les coûts d'exploitation sont élevés — une vingtaine d'excavateurs, des camions, une centaine d'employés — et plusieurs opérateurs disent être déficitaires depuis avril. Les salaires attirent pourtant des travailleurs de tout le pays : un conducteur d'excavateur gagne environ 25 000 Afghanis (330 euros) par mois.

Les autorités ont essayé de réguler : fermeture d'environ 225 sites ayant causé des dommages, paiements via redevances (jusqu'ici 20 grammes d'or par hectare mensuellement) et projet d'obliger la remise d'un cinquième de l'or extrait à l'État, en attente de l'approbation du chef suprême. Malgré ces mesures, les habitants dénoncent la dégradation des infrastructures, le non-respect des promesses d'indemnisation et l'explosion des prix immobiliers, facteurs de frustration locale et de risques de troubles.