Un demi-siècle après sa mort le 9 septembre 1976, Mao Tsé-toung reste une figure puissante de la mémoire collective chinoise. Mercredi, des fidèles et touristes se sont massés à Shaoshan, dans le Hunan, pour déposer couronnes de chrysanthèmes, bouteilles d'alcool, cigarettes, vieux portraits et exemplaires du Petit Livre rouge devant une statue de 10 mètres. Des cérémonies se sont tenues la veille, rassemblant environ un millier de personnes.

La commémoration mêle ferveur populaire et tourisme : des bus entiers ont amené des visiteurs qui patientaient en longues files pour visiter la modeste maison familiale et se recueillir près des rizières où Mao travailla enfant. Des échoppes locales écoulent badges, figurines, casquettes et tee‑shirts à son effigie, reflétant une économie mémorielle ancrée sur place.

Le souvenir de Mao est double et contradictoire. Si le Parti communiste présente Mao comme « un grand révolutionnaire prolétarien » ayant rendu l'indépendance et la dignité à la Chine, les historiens pointent les dizaines de millions de morts attribués au Grand Bond en avant et aux violences de la Révolution culturelle. Pourtant, pour beaucoup de visiteurs — du jeune Deng au sexagénaire Jing Shiming — subsiste un profond respect pour son « esprit » et sa volonté d'égalité.

La résurgence d'un discours maoïste s'inscrit dans un contexte contemporain marqué par le coût élevé du logement, la pression sur l'emploi et le coût de l'éducation. Plusieurs témoins, comme Johnny Wei, estiment que ces difficultés poussent les jeunes à regarder le passé pour y chercher des réponses et des modèles d'égalité sociale. Pour d'autres, Mao demeure un symbole immuable du Parti : son portrait domine encore Tiananmen et figure sur des billets et objets du quotidien.