Dans «Ligne de feu» (Gallimard), Arturo Pérez-Reverte restitue à hauteur d’homme la bataille de l’Èbre, offensive finale des républicains en 1938 et tournant décisif vers la victoire des nationalistes de Franco. Cet ouvrage de 650 pages, premier que l’auteur consacre directement à la guerre civile espagnole, se veut minutieux et ancré dans la réalité des tranchées : jeunes effrayés, pères inquiets, hommes qui tuent et souffrent. À la sortie du livre en espagnol en 2020, il a été critiqué pour avoir mis les combattants des deux camps sur un pied d’égalité, posture que l’auteur assume en soulignant leur humanité commune.
Pérez-Reverte, 74 ans, puise largement dans deux décennies d’expérience de reporter de guerre pour nourrir son récit. Ancien journaliste ayant couvert une vingtaine de conflits depuis les années 1970, il dit ne rien inventer lorsqu’il décrit la douleur, la mort ou l’odeur particulière des champs de bataille — «une odeur de chair en décomposition et de plastique brûlé». Son vécu et sa mémoire servent de matériau littéraire, complété par une bibliothèque personnelle de plus de 35 000 volumes, qu’il qualifie d’«IA» personnelle.
Le roman paraît dans le contexte des commémorations des 90 ans du conflit (1936-39) et s’inscrit dans une vague éditoriale en français: d’autres parutions abordent la guerre, comme «Présents» de Paco Cerda et «La Guerre d’Espagne. La démocratie assassinée» des historiens François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta. Pérez-Reverte, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages traduits en une quarantaine de langues, reste très présent dans la culture populaire: il annonce la sortie en octobre d’un nouveau roman, et une mini-série Netflix adaptée d’un de ses livres paraîtra prochainement.
Sur les réseaux sociaux, l’écrivain rassemble 2,5 millions d’abonnés sur X, tout en se déclarant sceptique vis‑à‑vis de l’intelligence artificielle, préférant ses livres et sa mémoire comme sources.


